Kefra F : chasseur et desert-kite

Kefra, Secteur F : un chasseur rabat un capridé vers un desert-kite .

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2002

La mission Culture matérielle

 

Topographie Art rupestre à Khishâm-2 Prospections
Archéologie Art rupestre à Kefra Conclusion

 

Art rupestre à Kefra

Serge Lemaitre (Fonds A. et D. Van Buuren, Université Libre de Bruxelles)

        Lors d'une prospection conduite par Paul-Louis van Berg et Vincianne Picalause en 2001, environ 700 roches gravées ont été repérées sur les bords du plateau du Hemma qui dominent le village de Kefra, à 3 kilomètres au nord-ouest de Tell Beydar.

        La campagne 2002 visait à délimiter l'étendue du site d'art rupestre, à dresser un premier inventaire des roches gravées et à enregistrer, par l'intermédiaire de relevés graphiques et numériques ainsi que de diapositives, le plus grand nombre possible de roches ornées. La sélection des roches a été déterminée par trois facteurs : la possibilité de comparaisons thématiques avec les sites de Khishâm 1 et 2, le caractère original des représentations et, enfin, le potentiel chronologique de certains thèmes iconographiques.

Documentation

        Le plateau a été divisé en 10 secteurs (de A à J) en fonction d'éléments saillants du paysage (wadi, avancées du plateau, maisons, routes, …). Seules les roches gravées des secteurs C, D, G, H, I et J ont été numérotées, pour un total de 461 roches. Les secteurs A, B et E sont relativement pauvres, à cause de la rareté des surfaces disponibles. Ces trois zones sont, en effet, orientées à l'est ou au nord de sorte que la plupart des roches y sont couvertes de lichens.

        Lors de cette campagne, 128 roches gravées ont été relevées par Serge Lemaitre et un ouvrier, selon la technique déjà éprouvée à Khishâm. Cette documentation est complétée par plus de 500 photographies, concernant environ 220 roches ornées. Dans certains cas, l'utilisation d'un réflecteur a permis d'améliorer la qualité de la photographie en uniformisant la lumière.

Techniques de gravure

Trois techniques de gravure ont été observées à Kefra :

  1. le piquetage , qui consiste à frapper directement la surface rocheuse à l'aide d'une pierre pointue ;
  2. le rainurage , consistant à inciser la surface à l'aide d'un outil tranchant (planche XVIII) ;
  3. le raclage , au cours duquel une pierre rugueuse est frottée sur la surface avec une force variable.

        Ces techniques peuvent être combinées entre elles.

Kefra-Est, Secteur B : 3 techniques

Kefra, Secteur B: le panneau montre l'utilisation de 3 techniques différentes : anthropomorphe raclé, deux capridés rainurés, un "bouquetin" piqueté.

        Dans quelques cas, il semble que le rainurage ait servi de tracé préalable au raclage. Le piquetage peut être profond, moyennement profond ou superficiel, continu ou discontinu.

Thèmes

        Le site de Kefra comporte un grand nombre de représentations d'animaux de type " bouquetin " ou " gazelle " et d'anthropomorphes aux bras levés, dans la position dite de " l'orant ". Les figures de ces deux types, souvent isolées, constituent plus de 50% du corpus. Par ailleurs, les bouquetins semblent dominer dans le secteur B, tandis que les anthropomorphes sont majoritaires dans le secteur C. On trouve également des taureaux, dont un en attitude de charge, des lions rugissant, des cerfs à la ramure importante et quelques équidés (cheval, hémione, âne ou onagre). Quelques scènes illustrent des chasses au lion ou au " bouquetin ", ainsi que des lions attaquant un autre animal. Ailleurs, un chasseur rabat un " bouquetin " vers un desert-kite . Tous ces thèmes trouvent des comparaisons dans les sites de Khishâm-1 et -2.

Kefra-Est, Secteur 1 : chasse au lion

Kefra-Est, Secteur 1 : chasse au lion.

        De nombreuses figures scalariformes et géométriques (carrés, rectangles, ovales parfois segmentés) ont également été relevées.

        Un grand rectangle quadrillé muni de deux arcs de cercle aux angles inférieurs constitue une figure unique pour l'instant dans l'art rupestre du Hemma. S'agirait-il d'un plan de bâtiment ou d'établissement?

Kefra : Secteur C

        Comme dans les sites de Khishâm, on note l'utilisation fréquente de la morphologie naturelle de la roche dans la composition : ligne de sol marquée par la limite du support, " cadre " délimité par des fissures naturelles, ligne de dos d'un animal correspondant à une arête du rocher, ….

Styles et éléments de datation

        Les représentations de Kefra témoignent d'une grande variété stylistique. Par exemple, les " bouquetins " peuvent présenter une ligne de dos rigide ou courbe, avoir de petites cornes ou des cornes qui rejoignent la queue, posséder des pattes droites ou munies de " pieds ".
        Les rares cas de superposition ne permettent pas actuellement d'intégrer ces éléments stylistiques dans une séquence chronologique ; aussi la comparaison avec la glyptique ou avec le décor céramique reste-t-elle le meilleur guide en ce domaine. Les gravures piquetées présentent généralement une patine plus importante que les représentations rainurées et raclées, ce qui suggère une plus grande ancienneté des premières.

Kefra : Secteur C

        Une représentation de char à quatre roues, comparable à l'exemplaire de Khishâm-2, a été relevée. Des comparaisons avec la glyptique permettent de la dater du deuxième tiers du 3 ème millénaire avant notre ère.

Dans le secteur J, une vache présente une excroissance entre les cornes. Ce type de représentation trouve des parallèles dans la glyptique à partir du Dynastique archaïque.

Conservation

        Comme les autres sites d'art rupestre connus dans le monde, les roches ornées de Kefra subissent des dégradations à la fois d'ordre naturel et anthropique.
Les facteurs naturels sont :

  1. l'érosion et la fracturation : les blocs de basalte, généralement de petite taille, sont soumis à de fortes variations thermiques, ainsi qu'à une érosion éolienne. Cela provoque l'apparition de nombreuses fissures, pouvant aboutir dans certains cas à la fracturation du bloc et à une abrasion des contours des figures ;
  2. la croissance de lichens : quantité de gravures sont couvertes par des lichens. Lorsque le thallus a disparu, on peut observer que le lichen a occasionné une véritable pulvérulence de la roche, détruisant irrémédiablement la représentation ;
  3. la patine, qui, est parfois si épaisse que la figure n'est plus lisible.

Les facteurs humains sont :

  1. l'extension des champs sur le sommet du plateau accompagnée du dépierrement de certaines zones. Plusieurs roches repérées en 2001 n'ont, de ce fait, pu être retrouvées ;
  2. le vandalisme : outre quelques graffiti, trois gravures anciennes ont été réactualisées récemment (au moins une durant la mission) à l'aide d'un outil métallique ;
  3. l'élevage des moutons et des chèvres : des usures et des éclatements de la roche peuvent être attribués aux sabots des animaux qui paissent entre les rochers.

Perspectives

        L'étude du site d'art rupestre de Kefra sera complétée par la numérotation et le relevé des roches gravées des secteurs A, B, E et F. L'activité d'enregistrement se concentrera sur les roches les plus significatives, tandis que celles qui sont mal conservées ne feront l'objet que d'une fiche descriptive et d'une photographie.

 

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Dernière mise à jour: le 29 novembre 2002