Maître des animaux

Le maître des animaux.Khishâm-2, roche C42.

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2002

La mission Culture matérielle

 

Topographie Art rupestre à Khishâm-2 Prospections
Archéologie Art rupestre à Kefra Conclusion

 

Conclusion

Paul-Louis van BERG, Khaled AHMO, Vincianne PICALAUSE, Nicolas CAUWE, Frans DEPUYDT, Jean-Pierre HENIN, Serge LEMAITRE, Marc VANDER LINDEN

Les objectifs poursuivis ont été largement atteints.

        Le relevé des gravures à Khishâm-2 par V. Picalause est pratiquement terminé. La prospection, la numérotation et le relevé des gravures de Kefra ont fourni un matériel suffisant pour que S. Lemaitre puisse en commencer l'étude.
        L'élargissement des Sondages 4 et 5 pratiqués en 2001 au Quartier V de Khishâm-2 a permis de dégager complètement la base d'une maison à laquelle le matériel trouvé sur le sol permet d'assigner une date néo-assyrienne et non hellénistique, comme nous l'avions d'abord supposé (rapport 2001).
        Les prospections ont couvert une distance de 25 km, sur les pentes orientales du plateau du Hemma. Elles ont montré que les gravures rupestres y étaient répandues partout, avec deux concentrations principales à Khishâm et à Kefra. A ce jour, le nombre des roches gravées découvertes dans la région s'élève à plus de 2200.
        Les structures construites sont également omni-présentes en bordure du plateau et le long de tout le réseau hydrographique qui parcourt celui-ci. Les trois concentrations principales, longues de plus de 2 km, correspondent aux sites de Khishâm, Kefra et al-Rahmaniya.
        A Khishâm-2, les structures archéologiques couvrent une surface plus importante qu'on ne l'avait d'abord soupçonné (entre 60 et 100 ha), étirée le long du wadi Kakhort et de ses deux affluents méridionaux. Il nous est apparu à plusieurs reprises que les quartiers établis sur les pentes étaient limités ou cernés par de gros murs, larges de 1m ou plus. En outre, la présence de bâtiments quadrangulaires munis de murs épais suggère l'existence d'une architecture officielle. Les sondages devront être poursuivis afin de déterminer si plusieurs quartiers, voire tous, ont été contemporains et organiquement liés.

        Dans l'ensemble, nous disposons de plusieurs catégories de témoignages assez homogènes et qui semblent appartenir à des phases chronologiques cohérentes.


  1. Les 11 desert-kites découverts jusqu'ici suggèrent une organisation économique globale liée à la capture d'animaux. Ces monuments ne sont pas datés pour le moment, mais la comparaison avec ceux d'autres sites proche-orientaux suggère une datation haute, au Chalcolithique ou au Bronze ancien. Les quelque 70 représentations de tels monuments dans l'art rupestre de toute la zone prospectée appartiennent certainement aux mêmes phases culturelles, ainsi que les types de personnages et d'animaux qui les accompagnent.

  2. Une série de gravures rupestres indique très nettement le 3 ème millénaire. L'attribution de gravures au 2 ème millénaire reste à évaluer, mais celle de quelques éléments à l'époque parthe paraît mieux assurée.

  3. Les sondages opérés dans une maison du Quartier V de Khishâm-2, les comparaisons architecturales et les récoltes de céramique effectuées lors des prospections, montrent l'existence d'une nappe d'occupation néo-assyrienne dans toute la zone considérée.

  4. La catégorie de témoins la plus énigmatique est constituée par les structures circulaires en pierres, présentes sur tous les sites prospectés. Jusqu'ici, seules celles de Khishâm-2 Quartier VII, Um el-Masamir et al-Rahmaniya ont livré un matériel céramique et/ou lithique abondant. A Um el-Masamir et à al-Rahmaniya, le matériel lithique évoque plutôt le Néolithique. A Khishâm-2, quelques éléments céramiques renvoient à la culture halafienne. Par ailleurs, l'épaisseur des murs et le soin apporté à leur construction paraît exclure une attribution à des populations nomades, de même qu'une fonction exclusive d'enclos. Des sondages effectués au cours des prochaines campagnes devraient nous aider à préciser l'attribution culturelle de ces structures. Il est tentant de les associer aux bâtisseurs des desert-kites , mais il est trop tôt pour se prononcer.

Soulignons enfin que la présence d'une occupation hellénistique est moins évidente qu'il n'avait paru l'année dernière.

        Le paysage archéologique du Hemma commence donc à prendre de la cohérence et de la consistance. Les prochaines campagnes devront préciser la chronologie et la nature des occupations. Il restera aussi à comprendre quels épisodes climatiques, économiques et politiques ont amené des occupations aussi denses de la périphérie et de l'intérieur du plateau, souvent à peu de distance des tells qui s'égrènent sans solution de continuité dans la vallée du wadi Aweidj.

Un voile se lève peu à peu pour nous découvrir une face nouvelle du passé de la Djézireh syrienne, en marge de l'archéologie des tells. Que toutes les autorités et institutions qui ont permis de mettre sur pied la Mission de Khishâm en soient chaleureusement remerciées.

 

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Dernière mise à jour: le 25 novembre 2002