1074: escalier

Angle nord-ouest de la Pièce 1074. A gauche : l'escalier menant à la cour centrale. A droite, sur le sol 1088 : une jarre entourée de pierres et munie de son couvercle.

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2003

La mission Sondages à Khishâm-2, Quartier V Art rupestre à Khishâm-1, Secteur 3
Topographie Céramique de Khishâm-2, Quartier V Art rupestre à Kefra
Sondages à Khishâm-2, Quartier IV Sondages à Khishâm-2, Quartier VII Conclusion
Céramique de Khishâm-2, Quartier IV Art rupestre à Khishâm-2 Bibliographie

 

Khishâm-2, Quartier IV

Bâtiments d'époque achéménide ?

Paul-Louis van Berg, Marc Vander Linden (Université Libre de Bruxelles)
Nicolas Cauwe, Damien Flas (Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles)
Osama al-Meshrif (Direction Générale des Antiquités et des Musées de Syrie)

Le Quartier IV

        Le Quartier IV a été découvert en 1999 par P.-L. van Berg, à l'occasion de l'exploration du site rupestre de Khishâm-2. Il est implanté en rive droite du wadi Kakhort, au point où, après un trajet d'environ 2 km du nord vers le sud, celui-ci oblique vers l'est, sur une langue de terre séparant le wadi principal (à l'Est) d'un de ses affluents occidentaux (au Sud). Ce complexe résidentiel, dont il ne reste que des murs en basalte ou leurs soubassements, couvre environ un demi-hectare. Il est délimité au Nord et à l'Ouest par un mur d'enceinte divisé en deux segments par une cellule (tour ?). Ce mur s'étend donc pratiquement d'un wadi à l'autre, déterminant avec ces derniers un quadrilatère irrégulier.

        On distingue deux grandes parties, l'une en rive droite du Kakhort s'élève légèrement vers le Nord (alt. ± 381/382 m NAP), tandis que l'autre s'étage en cinq terrasses successives, respectivement à ± 385, 386, 387, 388 et 389 m NAP, approchant ainsi la moitié de la hauteur de la pente du plateau basaltique.

Le sondage de 2001

        Un premier sondage de 8 m² avait été pratiqué en 2001 (Sondage 1 ; van Berg 2002) dans la partie basse, au milieu d'un espace ouvert (1007). Deux tessons portant un décor de spirales imprimées, censément d'âge hellénistique, y avaient été découverts au-dessus et en dessous d'une nappe de pierres provenant probablement de l'éboulement de murs situés à l'Est.

Les travaux menés en 2003

Plan des sondages

        Après le démontage des accumulations récentes de blocs non pris par du sédiment qui recouvrent fréquemment les murs anciens, une première tranchée fut mise en place selon un axe Est-Ouest, afin de joindre la partie basse et la troisième terrasse de la partie haute. Ce sondage a permis le dégagement de murs (1003, 1005, 1006, 1010) et d'éboulis de lecture particulièrement difficile.

        Une tranchée transversale (1043) orientée Nord-Sud a été réalisée afin de recouper les murs 1005 et 1006. Cette tranchée, d'une longueur totale de 12 m, a non seulement permis de mieux comprendre ces architectures, mais également de recouper les premières phases d'aménagement du site. Le reste de l'activité archéologique dans la partie basse a concerné le dégagement d'une série de murs, plus ou moins bien conservés. Dans ce cadre, un sondage profond (1104) a été implanté à la base d'un des grands murs de soutènement de terrasse (1012) de façon à estimer sa hauteur conservée, ainsi que la puissance des sédiments archéologiques en place.

Les architectures de la partie basse

        Dans sa partie méridionale, la partie basse est séparée de l'autre par un mur de soutènement de terrasse (1012) long d'environ 25 m et conservé sur une hauteur variant de 0,5 à 2,45 m, construit en gros blocs de pierres sèches non équarries, d'appareil irrégulier. Ce mur est doublé ou renforcé à l'Est par un second mur (1116), aperçu en sondage.

        Un autre mur (1115), du même type que 1012 et parallèle à ce dernier, mais dont il ne reste qu'une seule assise conservée sur 3,5 m, est installé à l'extrémité Sud-Est de l'espace occupé, le long de la rive du Kakhort.

 Pièce 1016

Plan de la pièce méridionale de la partie basse (1016). Le mur nord est encore couvert d'éboulis.

        Au Sud-Est, à la jonction des deux wadis, entre les murs 1012 et 1115, une première pièce (1016), alignée sur un axe Est-Ouest, est délimitée par quatre murs, larges de 0,75 à 1 m, construits en blocs de petit calibre. Comme les autres murs visibles des deux côtés, ceux-ci montrent deux parements relativement soignés, tandis que l'espace qui les sépare est rempli de blocaille. La pièce 1016 occupe 16,75 x 6,25 m, soit 104,68 m², pour un espace utile de 68,60 m². Cette pièce n'a pas été fouillée.

        Au nord du mur 1008 s'ouvre un espace de 17 x 19 m (1007). Cet espace est partiellement encombré par les éboulis des murs qui l'enferment.

        La pièce 1130, est installée dans le Nord de l'espace 1007. Elle est munie au Sud,d'une porte donnant accès à cet espace.

Piè 1130

Plan de la pièce 1130 : fouille en cours (document de travail).

        Plus au Nord, on trouve un nouveau mur de soutènement de terrasse (1003) aligné sur un axe Nord/Sud. A cet endroit, la pente naturelle du sol d'Ouest en Est est conservée et aménagée par les murs 1005 et 1006, mutuellement distants de 4 m. Ces murs, dont deux à trois assises sont conservées, partent du mur 1003 et montent vers l'Ouest pour se terminer à quelques mètres de la troisième terrasse ; leur position stratigraphique, au-dessus d'une épaisse lentille cendreuse renfermant du matériel archéologique, montre que ceux-ci n'appartiennent pas aux premiers moments de l'occupation du site.

        L'espace qui sépare les murs 1005 et 1006, est occupé, immédiatement sous la surface actuelle, par une importante couverture de pierres (1017) partiellement refendue par des alignements de blocs ou des murets horizontaux ; il semble que ce dispositif représente les vestiges de gradins ou d'un escalier à larges marches. L'ensemble matérialise peut-être une voie de passage reliant la troisième terrasse au wadi Kakhort.

        En plusieurs points de cette partie basse du Quartier IV, la nature et la succession chronologique des divers murs et réaménagements ne pourront être déterminés qu'après l'évacuation des éboulis, au cours des prochaines campagnes. De même, le caractère superficiel de l'exploration ne permet pas encore d'hypothèses quant à la nature et à la relation chronologique des pièces 1016 et 1130 mises en évidence de part et d'autre de l'espace 1007 qui est probablement une grande cour ouverte.

Les architectures de la partie haute

        Cette partie du Quartier IV est entièrement occupée par des espaces architecturés, limités au Sud et à l'Est par les wadis et, le cas échéant, par les rochers plus ou moins escarpés qui les bordent. Au Nord et à l'Ouest des murs qui ferment ce Quartier s'étend un espace d'une trentaine de mètres, vide de tout vestige archéologique, donnant accès aux grands bâtiments du Quartier I, installés sur le sommet du plateau.

        En bordure est de la troisième terrasse, affleurant à une altitude de ± 387 m, une grande pièce barlongue (1074) a été relevée et partiellement explorée. Cette pièce est attenante à un grand espace quadrangulaire (1118) d'environ 10 x 17 m, probablement non couvert. Dans ce dernier, l'enlèvement de la couche superficielle a mis au jour une massse d'éboulis dont la face supérieure forme une large cuvette. Il paraît actuellement s'agir d'une cour autour de laquelle s'articulaient plusieurs corps de bâtiment.

        Les dimensions de la pièce 1074, murs compris, sont de 15 x 6, 5 m, soit une surface totale de 97,5 m² pour une surface utile d'environ 50 m². Elle est munie à l'Ouest d' une porte traversée par un escalier large d'environ 1 m, donnant accès à l'espace 1118. A en juger d'après les irrégularités du plan et de l'appareillage des pierres, cette pièce a été construite en deux temps. Sa longueur originelle devait approcher les 11 m ; une extension de 4 m y fut ajoutée ensuite en direction du Sud.

        Le mur qui ferme cette pièce à l'Ouest, fait de gros blocs soigneusement appareillés, est conservé sur une hauteur d'environ 1,5 m. Il présente une légère inclinaison vers l'Est, tandis que les assises restantes du mur est, de bas en haut, sont chacune déportées vers l'Est par rapport à la précédente. Ceci suggère qu'un tassement progressif des murs et/ou du sol en cet endroit a favorisé l'écroulement du bâtiment.

        Un sol supérieur blanchâtre (1085) a été dégagé à 0,70 m sous la surface. De la faune, quelques tessons et une fusaïole ont été trouvés sur ce sol. Une grande jarre enterrée calée par des pierres et encore couverte d'une plaquette en basalte (2) fut réutilisée à ce niveau.
        Vingt centimètres plus bas, un sol blanchâtre parsemé de lentilles cendreuses (1088) était jonché de tessons de poterie et de menus restes fauniques fréquemment brûlés. A proximité du montant sud de la porte (4), se trouvait un dispositif de fixation de la crapaudine (3). Cet élément, encastré dans le sol, est constitué d'un gros bloc de basalte à vacuoles, muni d'une cuvette en sa partie supérieure. Immédiatement au Sud, devant le mur ouest, s'élevait un tannour (1). La distribution des rejets cendreux suggère des utilisations successives, contemporaines de chacun des sols 1085 et 1088.

        Ces données permettent d'attribuer une fonction culinaire à la pièce 1074.

Pièce 1074 : jarre Pièce 1074 : crapaudine

La grande jarre entourée de pierres.

Le dispositif de fixation de la crapaudine avec ses trois pierres de calage.

Les données chronologiques

        Certains éléments de la culture matérielle recueillis au Quartier IV autorisent une première approximation de sa position chronologique. Il semble, en effet, que la céramique recueillie en stratigraphie soit postérieure à l'époque néo-assyrienne.

Pièce 1074 : Astarté

   Un fragment supérieur de #171; plaquette d'Astarté », retrouvé dans un petit empierrement situé au Sud du tannour , est assignable au V ème ou au IV ème siècle (Pruss 2000 et comm. pers. ; Elayi 2000) et assure que le sol le plus ancien (1088) est d'époque achéménide ou antérieure. Khishâm-2 constitue pour le moment le site le plus oriental où une telle plaquette ait été découverte.

        Néanmoins, la prudence s'impose dans la mesure où la typologie céramique qui caractérise cette époque dans la région est encore mal connue et où on sait que de nombreuses formes néo-assyriennes se sont maintenues. Notons également que les aspects typiquement hellénistiques tels que la glaçure verte ou les formes grecques importées ou fabriquées sur place sont absents.

        Dans l'état actuel des connaissances, une datation du bâtiment étudié entre le début du VI
ème et la fin du IV ème siècle avant notre ère paraît probable. Si cette attribution à la période néo-babylonienne/mède ou achéménide se voyait confirmée, l'ensemble architectural du Quartier IV de Khishâm-2, illustrerait une des périodes les plus mal documentées dans le triangle du Khabour (Lyonnet 2000).

Bibliographie

- ELAYI J., 1991. Deux ateliers de coroplastes nord-phéniciens et nord-syriens sous l'empire perse. Iranica Antiqua 26 : 181-216, pls I-X.

- LYONNET B. (éd.), 2000. Prospection archéologique du Haut-Khabur occidental (Syrie du N.E.). Volume I. Beyrouth, Institut Français d'Archéologie du Proche-Orient (Bibliothèque Archéologique et Historique 155) : 267 p. + résumé en arabe : 15 p.

- PRUSS A., 2000. Patterns of Distribution: How Terracotta Figurines were traded. Transeuphratène 19: 51-63.

- van BERG P.-L. et al ., 2002. Archéologie et art rupestre du Hemma. Mission de Khishâm, Rapport interne n° 1 . Bruxelles, Centre de Recherche interfacultaire « Espaces et Sociétés - approches comparatives » (ULB), 56 p., 40 pl.

 

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Dernière mise à jour: le 21 janvier 2004.