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Khishâm-2 : surfaces gravées dans les éboulis du Secteur C.

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2003

La mission Sondages à Khishâm-2, Quartier V Art rupestre à Khishâm-1, Secteur 3
Topographie Céramique de Khishâm-2, Quartier V Art rupestre à Kefra
Sondages à Khishâm-2, Quartier IV Sondages à Khishâm-2, Quartier VII Conclusion
Céramique de Khishâm-2, Quartier IV Art rupestre à Khishâm-2 Bibliographie

 

Khishâm-2

Art rupestre

Vincianne Picalause (Université Libre de Bruxelles)
Objectifs

        Les Campagnes 2001 et 2002 avaient permis de répertorier près de 450 roches gravées dans la vallée du Kakhort, dont près de 400 étaient enregistrées (relevés et fiches descriptives) à la fin de l'année dernière. La Campagne 2003 s'est attachée aux objectifs suivants :

  • recherche et numérotation des roches gravées qui avaient échappé aux prospections précédentes ;
  • clôture de l'enregistrement systématique et exhaustif des pétroglyphes de la vallée du Kakhort ;
  • approche de l'organisation spatiale du site rupestre.

Etat de la documentation

        Cinquante-quatre roches gravées inédites ont été découvertes et numérotées cette année. Le Secteur A, qui couvre la rive droite du wadi Kakhort, a été étendu à la zone comprise entre celui-ci et son affluent le plus méridional (Quartiers III et IV), où une quinzaine de nouvelles roches gravées ont été repérées et répertoriées. Les autres nouvelles roches sont dispersées sur la rive gauche du wadi Kakhort dans les Secteurs B à G. Les cinq nouvelles roches gravées découvertes dans ce dernier secteur sont localisées en bas de la pente, à l'écart des autres gravures. Enfin, une roche gravée supplémentaire a été découverte sous le mur occidental de la pièce 0032 du Quartier V.

        Les données enregistrées en 2001 et 2002 ont été vérifiées et complétées. La centaine de roches qui n'était pas encore documentée a été relevée et décrite. En effet, une grande partie des gravures dont les référents n'étaient pas identifiables ou qui se résumaient à d'informes taches de piquetage, avaient été temporairement négligées lors des campagnes précédentes.

        Par ailleurs, on relève un certain nombre de « bouquetins » et autres quadrupèdes, d'anthropomorphes isolés ou en groupe, ainsi qu'une quinzaine de représentations de desert-kites .

Parmi les quelques représentations remarquables enregistrées cette année, mentionnons :

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Kh2-C22.
     Figure anthropomorphe tendant le bras vers la gueule d'un fauve. Cette scène est exceptionnellement associée à un desert-kite fragmentaire.

 

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Kh2-D76.
     Chasse au fauve. Les oreilles pointues de l'animal suggèrent un canidé, tandis que la queue dressée et les pattes griffues évoquent plutôt un lion. Le tracé du corps montre des hésitations quant à l'espèce à représenter.

 

Kh2-D59b.
     Archer : buste trapézoïdal et membres linéaires.

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Kh2-G37.
Equidé réalisé dans un style particulier.

Organisation spatiale de l'art rupestre

Méthode

        Les modes de répartition topographique des roches gravées ont été approchés au départ de la carte de Khishâm-2 réalisée lors des campagnes précédentes par Frans Depuydt et de l'observation de terrain. Cette phase consiste à observer, sous plusieurs aspects, les regroupements (thématiques ou non) et autres configurations singulières suggérées par la carte :

  • la visibilité des roches gravées et leur intervisibilité au sein de groupements ;

  • les rapports éventuels (sémantiques, stylistiques, …) qui unissent les roches des groupements ;

  • l'intégration de roches gravées au paysage naturel et archéologique ;

  • la mise en valeur ou « mise en scène » de certaines roches ou ensembles de roches gravées.

        Les roches gravées sont généralement disposées en concentrations plus ou moins denses selon les cas, et rarement isolées. Cette distribution spatiale ne dépend pas seulement de la disponibilité de surfaces rocheuses appropriées, mais aussi d'une apparente volonté de groupement des gravures manifestée par leurs auteurs.

Groupements thématiques

        Quelques exemples montrent que les thèmes ne sont pas répartis dans l'espace de manière aléatoire. Les représentations de desert-kites sont souvent associées à des groupes de 2 à 6 roches mutuellement peu distantes (intervalle de 1 à 6 m entre roches voisines) et se trouvent plus rarement isolées.

        De ce fait, l'observation attentive de l'environnement immédiat des desert-kites gravés a régulièrement mené à la découverte de plusieurs nouvelles représentations de kites à proximité des figures déjà connues. Il semble donc que ces groupes thématiques soient un élément important et significatif de l'organisation spatiale propre à cette partie de l'art rupestre. Ce principe se retrouve sur d'autres sites, notamment à Umm el-Masamir (Secteur 6) et à al-Rahmaniya où les prospections menées en 2002 ont révélé de tels assemblages de desert-kites gravés (Vander Linden, van Berg 2002 : 12).

        Dans quelques zones, ce sont d'autres thèmes qui apparaissent avec une fréquence élevée. Mentionnons par exemple une concentration de bovins dans la partie orientale du Secteur C (en sommet de pente) et une autre dans la partie centrale du secteur D (également en sommet de pente). On note également une zone apparemment consacrée aux lions, en haut de pente, dans le Secteur D, ainsi que des figures canines en nombre particulièrement élevé dans la partie occidentale du Secteur C.

        Dans certains cas, ces groupes thématiques sont observables d'un point fixe, alors que dans d'autres, la perception de ces ensembles nécessite un cheminement.

Groupes stylistiques

        Bien que la typologie et la stylistique ne soient pas encore établies pour l'ensemble des gravures, on reconnaît une relative homogénéité stylistique dans certaines constellations de roches gravées.

        Par exemple, l'ensemble des roches qui se distribuent autour de la roche B25 présente des gravures de facture similaire. Ces pétroglyphes se trouvent de préférence sur des surfaces inclinées de 0 à 45° de roches de hauteur modeste, formant une petite agglomération. Sachant que le style de la roche B87, située sous le mur nord de la pièce 0032 du Quartier V est en grande partie semblable à celui qu'on observe sur la Roche B25, nous en avons déduit que celle-ci pouvait également faire partie d'une telle agglomération. Cette hypothèse est confortée par la découverte d'une nouvelle roche gravée sous le mur ouest de la pièce 0032.

        D'autres gravures, représentant souvent des scènes complexes, semblent avoir fait l'objet d'une attention particulière quant au choix du lieu d'implantation (configuration du terrain et des roches environnantes) et de la surface rocheuse (taille et visibilité), de façon à donner à l'ensemble un caractère « spectaculaire » ou « monumental ». Par exemple, la représentation de desert-kite de la roche F68 occupe une surface importante, bien visible, sur une roche aux dimensions imposantes. Celle-ci est précédée d'une aire dégagée (terrasse naturelle) où l'on imagine volontiers que plusieurs personnes puissent s'installer. Vue d'un niveau inférieur, la même roche est mise en valeur par deux grandes roches gravées situées en léger contrebas, et qui paraissent l' « encadrer ».

Art rupestre et structures archéologiques

        Si on n'observe guère de régularités en ce qui concerne l'intégration des roches gravées au paysage naturel, à l'exception de celles qui sont imposées par la disponibilité de surfaces rocheuses propices, l'implantation de certains pétroglyphes paraît liée à la présence de structures archéologiques particulières.

        Ainsi, dans le Secteur B, un mur orienté Nord-Sud, parallèle à la pente, se prolonge vers l'Est en bord de plateau jusqu'au niveau du Secteur E, où il redescend en direction du wadi Kakhort. Ce mur semble doté d'une logette circulaire, située dans le bas du Secteur E, à un endroit où le mur forme un coude. Un mur similaire occupe également la pente, mais plus à l'Est, au début du Secteur F, et se prolonge sur le plateau, où il finit par se perdre dans les champs. La structure décrite pourrait constituer la partie subsistante d'un desert-kite ou d'un système de desert-kites , quoique le degré de conservation peu élevé et le caractère fragmentaire de ces architectures imposent la prudence. Les parties de ces murs qui traversent les zones à pétroglyphes sont systématiquement bordées de concentrations de gravures de desert-kites en nombre variable, parmi lesquelles on compte au moins trois représentations de kites à deux enclos.

        Par ailleurs, la majorité des desert-kites gravés se trouvent dans les Secteurs C, D, E et F, zone depuis laquelle le kite du versant droit de la vallée est le plus visible et d'où sa structure apparaît le plus manifestement.

Conclusion

        Le corpus des pétroglyphes de la vallée du Kakhort comporte actuellement un total de 499 roches historiées, dont l'enregistrement systématique peut être considéré comme terminé.

        Les observations de terrain révèlent que l'art rupestre n'est pas implanté aléatoirement dans l'espace, mais qu'il répond, au moins en partie à une organisation spatiale régie par des critères qu'il conviendra de préciser et d'expliciter. Le développement de cette première approche permettra notamment d'étudier les relations éventuelles unissant les configurations observées et les variations typologiques ou stylistiques.

Bibliographie

- VANDER LINDEN M., van BERG P.-L., 2002. Prospection archéologique sur le plateau du Hemma. Dans : van Berg P.-L., Ahmo K. (avec la participation de Cauwe N., Depuydt F., Hénin J.-P., Lemaitre S., Picalause V. et Vander Linden M.). Archéologie et Art rupestre du Hemma (Hassake, Syrie). Campagne 2002. Rapport préliminaire . Damas, Direction Générale des Antiquités et des Musées : 11-14.

 

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Dernière mise à jour: le 28 janvier 2004.