Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2004

La mission Sondages à Khishâm-2, Quartier IV: Partie haute Art rupestre à Kefra
Géomorphologie Sondages à Khishâm-2, Quartier IV: Partie basse Prospections
Topographie Khishâm-2, Quartier IV: céramique Conclusion
Khishâm-2, Quartier IV: plan général Art rupestre à Khishâm-1, Sud et Nord L'art du Hemma

 

Khishâm-2, Quartier IV : céramique

Aviva Cywie (Université Libre de Bruxelles)

Introduction

        Les tessons de céramique récoltés au Quartier IV pendant la campagne 2003 ont déjà fait l'objet d'une analyse préliminaire (Vander Linden, 2003). Outre la céramique de la pièce 1074 ( loci 1094, 1122, 1170 1167, 1082 et 1078), le matériel sélectionné pour étude comprend les tessons issus de la zone adjacente à cette dernière pièce (sondage 1168), ainsi que d'une série de loci de la tranchée 2000 (Partie basse du Quartier IV), dont le contexte stratigraphique est assuré ( loci 2007, 2037, 2034, 2017 et 2033).

        L'échantillon total étudié à l'occasion de cette campagne se monte à 3932 tessons, pour lesquels les caractéristiques technologiques (nature des pâtes et des dégraissants) et morphologiques ont été enregistrées.

Partie basse Partie haute
Locus  Tessons    Bords Fonds Locus Tessons Bords Fonds
        1078       809        22          5
2017       453       22         2 1082       116         6          2
2033         25         0         0 1167       184        21          4
2034       220       13         3 1170         49          2          2
2007       317       25         4 1122       125          3          0
2037     1141       96       30 1094       224          6          1
Total     2156     156       39 Total     1507        60        14

 

TOTAL GENERAL Tessons : 3663 Bords : 216 Fonds : 53

 

        Il s'agissait avant tout de voir si les différences stratigraphiques mises en évidence par les sondages trouvaient un écho dans la culture matérielle, afin de contribuer à la compréhension du développement du site.

Technologie

        L'analyse technologique s'est essentiellement attachée à la caractérisation des groupes de pâtes. Les observations ont été réalisées à l'œil nu sur cassure fraîche. Les critères pris en considération sont l'épaisseur des tessons, leur teinte et la présence d'inclusions non plastiques, minérales et/ou végétales. Quatre grandes variétés ont ainsi été identifiées, selon l'épaisseur (E) :

  • très fine :               E<0,5 cm
  • fine:          0,5 cm<E<1,3 cm
  • moyenne : 1,3 cm<E<2,0 cm
  • épaisse :                E>2,0 cm

        Ces épaisseurs correspondent à des textures plus ou moins grossières. Les variétés fine, moyenne et épaisse ont été subdivisées en différents groupes selon la teinte de la pâte.
        Outre la présence d'inclusions, il a parfois été possible d'observer des traces de façonnage qui nous renseignent sur les techniques de montage mises en œuvre (colombins, tour de potier, …). Les observations ont été faites à l'œil nu.

Groupe Epaisseur (E) Couleur Inclusions Montage
1              E<0,5 cm beige, gris, rouge rares traces d'inclusions minérales (quartz, mica, carbonates) -
2 0,5 cm<E<1,3 cm rouge, rose, orange fréquentes inclusions minérales blanches >1 mm (quartz ?), parfois petites inclusions micacées quelques stigmates de montage au tour
3 0,5 cm<E<1,3 cm homogène beige, tendant parfois vers le gris ; face externe de quelques tessons beige verdâtre dégraissant végétal ; inclusions minérales blanches parfois visibles traces de montage au colombin et au tour
4 0,5 cm<E<1,3 cm beige ; face interne des tessons noire de gros calibre (>2 mm ; quartz) -
5 0,5 cm<E<1,3 cm bordeaux inclusions minérales blanches abondantes -
6 0,5 cm<E<2,0 cm verdâtre ; tranche et face interne parfois beiges ou roses inclusions végétales fréquentes, en quantités variables traces de montage au tour fréquentes
7 1,3 cm<E<2,0 cm beige rosé ou orangé traces d'éléments végétaux fréquentes ; inclusions minérales blanches <2 mm (quartz ?) sur certains exemples, à l'intérieur et à l'extérieur traces de montage au colombin et au tour
8 1,3 cm<E<2,0 cm gris-beige quelques traces d'inclusions végétales, à l'intérieur et à l'extérieur ; inclusions minérales blanches <2 mm) quelques indices de montage au tour
9             E>2,0 cm rouge ou brune parfois traces de dégraissant végétal ou inclusions minérales noires -
10             E>2,0 cm beige parfois traces de dégraissant végétal ou inclusions minérales noires -

        Ces groupes de pâtes se distribuent différemment dans les loci étudiés.

        Les quelques exemples de céramique très fine sont confinés aux couches les plus anciennes de la Partie basse ( loci 2007 et 2037).

        Les céramiques à paroi fine (groupe 2 et groupe 3 essentiellement) représentent la majorité des assemblages dans pratiquement tous les cas.

        Les parois moyennes ne dominent que dans le cas du premier sol d'occupation de la pièce 1074 (locus 1094). Cette surreprésentation s'explique par la fonction culinaire probable de cette pièce. Les groupes 4 et 5 sont faiblement représentés : le premier ne se rencontre que dans deux loci (1078 et 2034), tandis que le second n'est représenté que par neuf individus, tous issus de la Partie basse ( loci 2007, 2017et 2034).

        Les tessons épais (groupe 9 et groupe 10) n'apparaissent qu'en faible proportion dans les loci correspondant à la pièce 1074.

        Enfin, le groupe 6 est associé, pour la Partie haute, à la deuxième phase d'occupation ( locus 1170) et est peu présent dans les colluvions (moins de 10 %) ; pour la Partie basse, sa fréquence décroît fortement du cendrier ( loci 2007, 2037 et 2034 ; entre 21,4 et 24 % de l'assemblage total) à l'espace 2018 ( locus 2017 ; 6,4 % de l'assemblage).

        La distribution des inclusions non plastiques permet d'individualiser deux larges groupes céramiques. D'une part, le dégraissant d'origine végétale prédomine dans les productions des couches les plus anciennes du Quartier IV, tant dans sa Partie basse que dans sa Partie haute. D'autre part, dans les couches stratigraphiques supérieures ( loci 2017 et 2033 ; colluvionnement de la Partie haute : loci 1082 et 1167), ce sont les inclusions minérales (quartz, carbonate et mica), dont l'identification comme dégraissant n'est pas assurée, qui sont les plus fréquentes.

Morphologie

Seize classes morphologiques ont été établies sur base des tessons de bord suffisamment complets. Les critères morphologiques pris en considération sont l'ouverture du récipient, l'orientation du col et la forme de la lèvre.

 

he4_1-1082-2.jpg he4_1-1167-22.jpg he4_1-2007-3.jpg he4_1-2017-17.jpg
1. Récipient fermé à col droit et lèvre arrondie ; diamètre à l'ouverture : 6-26 cm.

 

he4_2-2017-4.jpg he4_2-2017-3.jpg
2. Récipient fermé à col droit et lèvre ovoïde ; diamètre à l'ouverture : 30-31 cm.

 

he4_3-1078-21.jpg
3. Récipient à lèvre saillante arrondie et rebord anguleux ; diamètre à l'ouverture : 14-42 cm.

        Ce type de lèvre se retrouve tant sur des récipients fermés à col droit que sur des récipients ouverts à col droit ou à col ouvert.

 

he4_4-1167-3.jpg
4. Récipient ouvert à col droit et à lèvre saillante arrondie et rebord anguleux ; l'articulation de l'épaule et du col est soulignée par une carène ; diamètre à l'ouverture : 16-34 cm.

 

he4_5-2007-14.jpg he4_5-2007-15.jpg
5. Récipient ouvert à col droit et lèvre saillante rabattue et aplatie ; diamètre à l'ouverture : 20-29 cm.

 

he4_6-1167-11.jpg      he4_6-2037-81.jpg
6. Récipient ouvert à col droit et lèvre saillante et épaissie à l'intérieur ; diamètre à l'ouverture : 16-36 cm.

 

he4_7-2037-127.jpg he4_7-2037-47.jpg he4_7-2007-26.jpg he4_7-2037-28.jpg
7. Récipient ouvert à col ouvert et lèvre saillante et épaissie à l'intérieur ; diamètre à l'ouverture : 18-40 cm.

 

he4_8-2017-10.jpg              he4_8-2037-55.jpg 0;              he4_8-2037-36b.jpg he4_8-1094-5.jpg
8. Récipient fermé à col droit et lèvre à section rectangulaire horizontale ; diamètre à l'ouverture : 7-38 cm.

 

he4_9-2007-12.jpg he4_9-2037-72.jpg he4_9-1094-7.jpg
9. Récipient fermé à col droit et lèvre à section rectangulaire verticale ; diamètre à l'ouverture : 12-28 cm.

 

he4_10-1078-25.jpg he4_10-1078-31.jpg he4_10-2037-93.jpg
10. Récipient fermé à col droit et lèvre bilobée ; diamètre à l'ouverture : 8-18 cm.

 

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11. Récipient fermé à col fermé et lèvre trilobée ; diamètre à l'ouverture : 12-15 cm.

 

he4_12-2007-7.jpg he4_12-2037-44.jpg he4_12-2037-59.jpg
12. Récipient fermé à col droit et lèvre à section triangulaire et à surface horizontale ; diamètre à l'ouverture : 12-32 cm.

 

he4_13-2034-1.jpg he4_13-2037-35.jpg
13. Récipient ouvert à col droit et lèvre à section triangulaire et face supérieure plane ; la transition entre l'épaule et le col est marqué par une carène ; diamètre à l'ouverture : 20-28 cm.

 

he4_14-1078-19.jpg he4_14-1094-1.jpg he4_14-2017-16.jpg he4_14-2017-25.jpg
14. Récipient fermé à col droit et lèvre à section triangulaire ; diamètre à l'ouverture : 5-26 cm. Certains exemplaires sont munis d'une anse.

 

he4_15-1078-24.jpg he4_15-1082-1.jpg he4_15-2017-22.jpg
15. Dérivée de la classe précédente, cette classe regroupe des récipients fermés à col droit ; lèvre à section triangulaire et face externe verticale ; diamètre à l'ouverture : 6-16 cm.

 

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16. Récipient ouvert à col droit et lèvre arrondie garnie d'un cordon sur sa face externe ; diamètre à l'ouverture : ± 20 cm.

 

        Les récipients fermés à col droit et lèvre arrondie ou à section rectangulaire horizontale (classes 1 et 8) se retrouvent dans l'ensemble des loci .
        Les sols de la pièce 1074 ( loci 1094 et 1122) et le sol repéré dans l'espace adjacent ( locus 1170) n'ont fourni qu'un nombre restreint de bords (classes 1, 8, 10 et 14).
        Les colluvions qui recouvrent ces derniers ( loci 1082, 1078 et 1167) comportent une variété morphologique plus importante à mesure que l'on remonte vers la surface (classes 1, 3, 4, 8, 11, 14 et 15).
        A l'exception des lèvres trilobées (classe 10), ces multiples classes apparaissent également dans toutes les couches de la Partie basse.

        L'assemblage fourni par les deux rejets cendreux de la Partie basse est le plus étendu, tant par le nombre des bords (n=134) que par la variété morphologique. En effet, outre les classes reconnues précédemment, ces loci sont les seuls à avoir livré des exemplaires des classes 5, 6, 7, 9, 10, 12 et 13.

        De plus, cet assemblage diffère sensiblement de celui des loci 2017 et 2033, immédiatement sus-jacents en stratigraphie. Ainsi, seules les classes 10 et 12 sont encore représentées, à chaque fois par un individu, alors que les classes 14 et 15, absentes des couches inférieures, composent la majorité de l'assemblage des loci 2007 et 2033.

        Par ailleurs, dans la Partie haute, les classes 14 et 15 ne se rencontrent que dans les colluvions, à l'exception de deux individus découverts sur le sol le plus ancien de la pièce 1074. De même, les récipients de la classe 2 sont propres au locus 2017.

        Plus d'une cinquantaine de fonds ont été inventoriés. Ceux-ci peuvent être annulaires, à base plane ou à base arrondie dans le cas de céramiques de grande taille (par exemple, la jarre 1091 associée aux deux sols de la pièce 1074). Le nombre réduit de profils complets interdit toute étude approfondie.

Décor

        Les décors sont peu présents et toujours réalisés par incision avant cuisson, à l'exception d'un bord d'assiette néo-assyrienne peint en noir sur sa face externe ( locus 1602). Dans la grande majorité des cas, le décor est confiné à une ou deux bandes horizontales placées au niveau de l'épaule. Les figures sont toujours répétées par translation. Le répertoire est restreint et comprend des lignes parallèles horizontales, des motifs en vague ou des triangles incisés.

Comparaison

        L'ensemble des formes représentées dans les deux niveaux d'occupation de la Partie haute du Quartier IV, ainsi que dans les deux rejets cendreux de la Partie basse trouve de nombreuses comparaisons avec les assemblages néo-assyriens de Haute-Mésopotamie. A titre d'exemple, mentionnons les sites syriens de Khishâm-2 Quartier V, distant de 150 m du Quartier IV (Cosme 2003-2004), et de Tell Beydar II (Bretschneider 1997 ; voir également Wilkinson, Barbanes 2000), ou encore les sites irakiens de Qasrij Cliff (Curtis 1989) et de Khirbet Khatuniyeh (Curtis, Green 1997).

        Par ailleurs, un cul d'amphore en ogive découvert en 2003 trouve des comparaisons avec du matériel du niveau 4 du site Khirbet Khatuniyeh (Curtis, Green 1997 : fig. 39, n° 166). Ce niveau est daté de la fin de la période assyrienne, après 612 BC.

        L'assemblage du locus 2017 semble trouver moins d'éléments de comparaison dans les ensembles néo-assyriens. Tout au plus, peut-on remarquer l'existence de rares exemples de récipients à lèvre de section ovale (Classe 2) dans le niveau 4 du site Khirbet Khatuniyeh (Curtis, Green 1997 : fig. 39, n° 166). De même, les récipients à lèvre triangulaire (Classe 14) sont reconnus sur le site voisin de Khishâm-2 Quartier V (type 15 ; Cosme 2003-2004 : fig. 9, 40-41), mais en très faible proportion. Il semble que cette forme, comme tant d'autres, soit appelée à perdurer, ainsi qu'en témoigne sa présence dans la céramique de cuisine séleuco-parthe de Tell Beydar (Martin Galán 2003-2004 : chap. IX).

        Enfin, si le dégraissant végétal est typique des productions néo-assyriennes, on considère généralement que la présence des seules inclusions minérales caractérise les céramiques post-assyriennes (Ur 2002).

Conclusion

        Tant du point de vue technologique que morphologique, il est possible de distinguer deux phases céramiques au sein du matériel provenant du Quartier IV étudié cette année.

        La première phase comprend les deux sols de la cuisine 1074, le second sol de la piàce adjacente (1098) et le cendrier de la Partie basse. Cette phase est définie par l'usage de dégraissant végétal et le recours fréquent à une argile donnant des céramiques de pâte verdâtre. L'inventaire morphologique, relativement diversifié (lèvres arrondies, saillantes, triangulaires à base plate, bilobées, et carènes), assure que cet ensemble appartient à la période néo-assyrienne.

        La seconde phase céramique correspond à la deuxième phase de construction reconnue dans la Partie basse du Quartier IV. Ces productions céramiques sont caractérisées par une plus haute fréquence d'inclusions minérales et par une présence moindre de céramique verdâtre. Du point de vue morphologique, on relève une fréquence élevée de récipients à lèvre triangulaire, trapézoïdale ou ovale, peu présents ailleurs. Ce type d'assemblage se retrouve également à la base des colluvions de la Partie haute, qui ont déjà livré deux fragments deplaquettes d'Astarté achéménides.


Bretschneider J., 1997. Die Unterstadt (Feld J). Dans : Lebeau M., SuleYman A. (éds). Tell Beydar, three seasons of excavations (1992-1994): A preliminary report . Turnhout, Brepols (Subartu 3) : 209-230.

Cosme F., 2003-2004. Etude de la céramique néo-assyrienne du Quartier V de Khishâm-2 (Hassake, Syrie) . Mémoire de DEA inédit. Bruxelles, Université Libre de Bruxelles, 126 p.

Curtis J., 1989. Excavations at Qasrij Cliff and Khirbet Qasrij. London, The Trustees of the British Museum (British Museum Western Asiatic Excavations I, Saddam Dam Report 10), 75 p., 49 fig., 13 pl.

Curtis J., Green A., 1997. Excavations at Khirbet Khatuniyeh. London, The Trustees of the British Museum (Saddam Dam Report 11), 120 p., 68 fig, 24 pl.

Martin Galán R., 2003-2004. Asentimientos de época seleuco-parta en la alta Mesopotamia. Thèse de Doctorat inédite. Madrid, Universitad Autonoma de Madrid.

Ur J.A., 2002. Surface Collection and Offsite Studies at Tell Hamoukar, 1999. Iraq , 64 : 15-43.

Vander Linden M., 2003. Céramique de Khishâm-2, Quartier IV. Dans : van BERG P.-L., al-MECHRIF O. (dirs), 2003 (avec la participation de N. CAUWE, F. COSME, F. DEPUYDT, D. FLAS, A. GOYENS, J.-P. HENIN, S. LEMAITRE, A. MEDICI, V. PICALAUSE et M. VANDER LINDEN). Archéologie et art rupestre du Hemma (Hassake, Syrie), Campagne 2003. Rapport préliminaire . Damas, Direction Générale des Antiquités et des Musées : 21-24.

Wilkinson T.J., Barbanes E., 2000. Settlement Patterns in the Syrian Jezira during the Iron Age. Dans : Bunnens G. (éd.). Essays on Syria in the Iron Age. Louvain, Peeters : 397-422.

 

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Dernière mise à jour : le 23 décembre 2004