Conclusions
Paul-Louis van BERG, Qasem al-MOHAMMED, Nicolas CAUWE, Serge LEMAITRE, Morgan
DE DAPPER, Christophe COLLARD, Aurélie MEDICI, Liselotte MORTIER, Ilina
PETROVSKA et Joke VANSWEEVELT, Charles LE ROIJ, Elias ABD el-NUR
Topographie
L'opération de
contrôle au sol (géo-référence) de la photo
satellite Aster est en voie d'achèvement et permettra bientôt de
disposer d'une carte précise et détaillée du
système volcanique du Hemma.
La carte topographique des
sites de Khishâm-1 et 2, y compris les principales structures
archéologiques et les roches gravées est également en
phase finale d'élaboration.
Archéologie
Khishâm-2, Quartier IV
Après quatre campagnes
(2001-2003-2004-2005), la nature et la fonction de la plupart des
bâtiments des Terrasses 2 à 4 du Quartier IV de Khishâm-2
ont été déterminées. L'ensemble des sols
retrouvés correspond à au moins deux phases d'occupation ,
séparées et scellées définitivement par des
colluvions. L'analyse géo-archéologique de ceux-ci a permis de
mieux cerner leur nature et, partant, de mieux comprendre les séquences
stratigraphiques rencontrées.
Le matériel
céramique retrouvé sur les sols de la 4
e
Terrasse, ainsi que la similitude des stratigraphies à chacun des
niveaux étudiés, mènent, dans l'état actuel des
connaissances, à attribuer les bâtiments sondés à
l'époque néo-assyrienne.
Quant aux colluvions, qui
trouvent leur origine plus haut sur la pente, elles ont livré des
matériaux d'époques diverses, du Paléolithique moyen au XIX
e
siècle de notre ère.
Le Quartier IV devait
être entièrement ceinturé de gros murs, mais le mobilier
découvert jusqu'ici suggère un lieu de services : stockage
de denrées, parcage d'animaux, espaces de cuisson à ciel ouvert.
Il pourrait donc s'agir d'une dépendance fortifiée d'un ensemble
résidentiel situé plus haut sur la pente. Une étude
architecturale détaillée par un étudiant de
l'Université catholique de Louvain est prévue au cours de la
prochaine campagne.
Desert-kites
Six nouveaux
desert-kites
(
Bashkoy
: 1,
Makbara
: 1,
Djebel Gudj
: 1,
'b n-Naga
: 3) se sont ajoutés aux onze monuments déjà connus (
el-Barfoïya
: 1,
Khishâm-1
: 2,
Khishâm-2
: 4, entre
Tell Beydar
et
Qasrek
: 2,
Kefra
: 2). Ces monuments ont été construits à deux
niveaux : dans les vallées qui joignent la première
coulée de basalte à la plaine alluviale, d'une part, dans celles
qui ravinent le Djebel Gudj, de l'autre. Il s'est donc agi de chasser
(rassembler) des animaux tant dans la plaine que sur le plateau. La
cartographie et l'insertion géomorphologique de quelques-uns de ces
monuments seront examinées l'année prochaine par des
étudiants de l'Universiteit Gent.
Cercles, maisons et enclos de pierres, sépultures
Nous nous acheminons
également vers une meilleure appréhension et une typologie des
autres structures archéologiques : cercles de pierres, maisons
individuelles éventuellement entourées d'enclos, enclos
circulaires et rectangulaires individuels ou doubles, exploitation de certains
murs des
desert-kites
comme carrières pour la construction d'autres monuments,
sépultures préislamiques et islamiques.
En particulier, le mode de
construction des cercles de pierres et leur localisation systématique
des en bordure des wadis suggèrent de les interpréter comme des
structures permanentes destinées à une occupation
saisonnière par des pasteurs transhumants.
Dix-neuf sites de genres divers
ont été identifiés cette année dans la seule
vallée du Nejma. Les décomptes définitifs pour l'ensemble
du plateau devraient mener à plusieurs centaines et leur étude,
même centrée sur une sélection de cas
représentatifs, devrait encore prendre plusieurs années, ne
serait-ce que pour donner une idée de la diversité et de la
complexité des modes d'occupation qui se sont succédé sur
le Hemma.
Art rupestre
Les recherches sur l'art
rupestre ont également amené leur lot de résultats et de
nouveautés.
L'ensemble des prospections
conduites en 2005 a amené la découverte de 1300 nouvelles roches
gravées, ce qui mène à 4300 le total des surfaces
identifiées jusqu'ici. Au moins cent cinquante nouvelles
représentations de
desert-kites
, complétées ou non par des figures humaines et animales,
contribuent à épaissir davantage le mystère qui entoure
encore la chronologie et la/les fonction(s) de ces monuments. En effet,
quelques-unes de ces figurations appartiennent plus que probablement au second
millénaire tardif, voire au premier millénaire avant notre
ère.
L'achèvement de la
documentation des 1800 roches gravées des sites de Khishâm-1
(2003-2004), de Kefra (2002-2005) et de Bashkoy (2005) ainsi que les
prospections meénes sur les autres sites ont permis de rassembler un
matériel suffisant pour tenter de premiers essais de typologie, de
stylistique et de chronologie de l'art rupestre du Hemma. Ces documents
permettent aussi de poser la question de l'inégalité des
investissements en soin et en temps de travail d'un site à l'autre et
d'esquisser de premières pistes d'enquête
paléo-ethnographique : rôle des populations urbaines et
paysannes, des pasteurs transhumants et du grand nomadisme chamelier.
Les prospections
entamées en 2004 dans les vallées méridionales du Hemma
ont révélé des formes d'art rupestre presque totalement
inconnues sur la façade orientale du plateau, seule visitée
jusqu'en 2003. A l'exception des figures anthropomorphes et zoomorphes
isolées, toujours abondantes, les thèmes et les styles
découverts cette année se distinguent souvent de manière
radicale des matériaux étudiés à Khishâm et
à Kefra. Bon nombre de gravures semblent appartenir au premier
millénaire et plus particulièrement aux époques
néo-assyrienne et parthe, fait souligné par l'abondance des
représentations de chevaux et de dromadaires, ainsi que, dans bien des
cas, par une ambiance agonistique inconnue précédemment. Les
représentations de nature clairement religieuse (divinités,
démons, symboles divers) sont également plus nombreuses que sur
le flanc oriental du Hemma. L'iconographie achéménide, si elle
est présente, reste toujours aussi difficile à identifier.
Perspectives
Au bilan, après cinq
campagnes, la Mission syro-belge de Khishâm a mûri ; elle
commence tant à mieux cerner la nature de ses découvertes
qu'à préciser ses interrogations et ses objectifs. Le potentiel
archéologique du Hemma apparaît bien plus grand que nous ne
l'avions d'abord soupçonné.
Le nombre des
desert-kites
, sites d'habitat et autres structures suffisamment conservées ainsi que
la richesse iconographique de cet environnement marginal laissent bien augurer
d'une ouverture éventuelle à un tourisme culturel de
qualité.
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