Kefra-sur-Nejma : interactions culturelles

Kefra-sur-Nejma : interactions culturelles.

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2005


La mission Prospections à Makbara et au Dj. Gudj Art rupestre à 'b n-Naga [1] [2] [3]
Géomorphologie Archéologie et art rupestre à Bashkoy Art rupestre à al-Harbawi
Topographie Art rupestre à Kefra Art rupestre à Kon Attar
Sondages à Khishâm-2, Quartier IV Archéologie à 'bn-Naga Conclusions



Conclusions

Paul-Louis van BERG, Qasem al-MOHAMMED, Nicolas CAUWE, Serge LEMAITRE, Morgan DE DAPPER, Christophe COLLARD, Aurélie MEDICI, Liselotte MORTIER, Ilina PETROVSKA et Joke VANSWEEVELT, Charles LE ROIJ, Elias ABD el-NUR


Topographie

        L'opération de contrôle au sol (géo-référence) de la photo satellite Aster est en voie d'achèvement et permettra bientôt de disposer d'une carte précise et détaillée du système volcanique du Hemma.

        La carte topographique des sites de Khishâm-1 et 2, y compris les principales structures archéologiques et les roches gravées est également en phase finale d'élaboration.

Archéologie

Khishâm-2, Quartier IV
        Après quatre campagnes (2001-2003-2004-2005), la nature et la fonction de la plupart des bâtiments des Terrasses 2 à 4 du Quartier IV de Khishâm-2 ont été déterminées. L'ensemble des sols retrouvés correspond à au moins deux phases d'occupation , séparées et scellées définitivement par des colluvions. L'analyse géo-archéologique de ceux-ci a permis de mieux cerner leur nature et, partant, de mieux comprendre les séquences stratigraphiques rencontrées.

        Le matériel céramique retrouvé sur les sols de la 4
e Terrasse, ainsi que la similitude des stratigraphies à chacun des niveaux étudiés, mènent, dans l'état actuel des connaissances, à attribuer les bâtiments sondés à l'époque néo-assyrienne.

        Quant aux colluvions, qui trouvent leur origine plus haut sur la pente, elles ont livré des matériaux d'époques diverses, du Paléolithique moyen au XIX
e siècle de notre ère.

        Le Quartier IV devait être entièrement ceinturé de gros murs, mais le mobilier découvert jusqu'ici suggère un lieu de services : stockage de denrées, parcage d'animaux, espaces de cuisson à ciel ouvert. Il pourrait donc s'agir d'une dépendance fortifiée d'un ensemble résidentiel situé plus haut sur la pente. Une étude architecturale détaillée par un étudiant de l'Université catholique de Louvain est prévue au cours de la prochaine campagne.

Desert-kites
        Six nouveaux desert-kites ( Bashkoy  : 1, Makbara  : 1, Djebel Gudj  : 1, 'b n-Naga  : 3) se sont ajoutés aux onze monuments déjà connus ( el-Barfoïya  : 1, Khishâm-1  : 2, Khishâm-2  : 4, entre Tell Beydar et Qasrek  : 2, Kefra  : 2). Ces monuments ont été construits à deux niveaux : dans les vallées qui joignent la première coulée de basalte à la plaine alluviale, d'une part, dans celles qui ravinent le Djebel Gudj, de l'autre. Il s'est donc agi de chasser (rassembler) des animaux tant dans la plaine que sur le plateau. La cartographie et l'insertion géomorphologique de quelques-uns de ces monuments seront examinées l'année prochaine par des étudiants de l'Universiteit Gent.

Cercles, maisons et enclos de pierres, sépultures
        Nous nous acheminons également vers une meilleure appréhension et une typologie des autres structures archéologiques : cercles de pierres, maisons individuelles éventuellement entourées d'enclos, enclos circulaires et rectangulaires individuels ou doubles, exploitation de certains murs des desert-kites comme carrières pour la construction d'autres monuments, sépultures préislamiques et islamiques.

        En particulier, le mode de construction des cercles de pierres et leur localisation systématique des en bordure des wadis suggèrent de les interpréter comme des structures permanentes destinées à une occupation saisonnière par des pasteurs transhumants.

        Dix-neuf sites de genres divers ont été identifiés cette année dans la seule vallée du Nejma. Les décomptes définitifs pour l'ensemble du plateau devraient mener à plusieurs centaines et leur étude, même centrée sur une sélection de cas représentatifs, devrait encore prendre plusieurs années, ne serait-ce que pour donner une idée de la diversité et de la complexité des modes d'occupation qui se sont succédé sur le Hemma.

Art rupestre

        Les recherches sur l'art rupestre ont également amené leur lot de résultats et de nouveautés.

        L'ensemble des prospections conduites en 2005 a amené la découverte de 1300 nouvelles roches gravées, ce qui mène à 4300 le total des surfaces identifiées jusqu'ici. Au moins cent cinquante nouvelles représentations de desert-kites , complétées ou non par des figures humaines et animales, contribuent à épaissir davantage le mystère qui entoure encore la chronologie et la/les fonction(s) de ces monuments. En effet, quelques-unes de ces figurations appartiennent plus que probablement au second millénaire tardif, voire au premier millénaire avant notre ère.

        L'achèvement de la documentation des 1800 roches gravées des sites de Khishâm-1 (2003-2004), de Kefra (2002-2005) et de Bashkoy (2005) ainsi que les prospections meénes sur les autres sites ont permis de rassembler un matériel suffisant pour tenter de premiers essais de typologie, de stylistique et de chronologie de l'art rupestre du Hemma. Ces documents permettent aussi de poser la question de l'inégalité des investissements en soin et en temps de travail d'un site à l'autre et d'esquisser de premières pistes d'enquête paléo-ethnographique : rôle des populations urbaines et paysannes, des pasteurs transhumants et du grand nomadisme chamelier.

        Les prospections entamées en 2004 dans les vallées méridionales du Hemma ont révélé des formes d'art rupestre presque totalement inconnues sur la façade orientale du plateau, seule visitée jusqu'en 2003. A l'exception des figures anthropomorphes et zoomorphes isolées, toujours abondantes, les thèmes et les styles découverts cette année se distinguent souvent de manière radicale des matériaux étudiés à Khishâm et à Kefra. Bon nombre de gravures semblent appartenir au premier millénaire et plus particulièrement aux époques néo-assyrienne et parthe, fait souligné par l'abondance des représentations de chevaux et de dromadaires, ainsi que, dans bien des cas, par une ambiance agonistique inconnue précédemment. Les représentations de nature clairement religieuse (divinités, démons, symboles divers) sont également plus nombreuses que sur le flanc oriental du Hemma. L'iconographie achéménide, si elle est présente, reste toujours aussi difficile à identifier.

Perspectives

        Au bilan, après cinq campagnes, la Mission syro-belge de Khishâm a mûri ; elle commence tant à mieux cerner la nature de ses découvertes qu'à préciser ses interrogations et ses objectifs. Le potentiel archéologique du Hemma apparaît bien plus grand que nous ne l'avions d'abord soupçonné.

        Le nombre des desert-kites , sites d'habitat et autres structures suffisamment conservées ainsi que la richesse iconographique de cet environnement marginal laissent bien augurer d'une ouverture éventuelle à un tourisme culturel de qualité.

 

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Dernière mise à jour : le 20 janvier 2006