Makbara : le village

Makbara : le village.

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2005


La mission Prospections à Makbara et au Dj. Gudj Art rupestre à 'b n-Naga [1] [2] [3]
Géomorphologie Archéologie et art rupestre à Bashkoy Art rupestre à al-Harbawi
Topographie Art rupestre à Kefra Art rupestre à Kon Attar
Sondages à Khishâm-2, Quartier IV Archéologie à 'bn-Naga Conclusions



Prospections à Makbara et au Djebel Gudj

Paul-Louis van BERG (prof., Université Libre de Bruxelles)
Ilina PETROVSKA (Université Libre de Bruxelles)
Morgan DE DAPPER (Prof., Universiteit Gent, Faculteit van de Wetenschappen, Vakgroep Geografie)

Makbara

Localisation

        Une journée de prospection fut conduite dans la large vallée ( ca 4 x 2 km) du wadi al-Ahmar qui entaille le plateau du Hemma au Sud-Est, dans le sens Nord-Sud.

        Les observations ont débuté sur le versant occidental, au Nord-Ouest du village de Makbara, immédiatement au-dessus des champs de la plaine alluviale, la progression se faisant ensuite vers le Nord puis vers l'Est, jusqu'au hameau de Braykan et à la route de terre qui mène de Makbara à Dhaba'an. La distance à vol d'oiseau du point de départ au village de Khishâm est d'environ 5,5 km.

        Cette vallée, creusée dans le substrat néogène marneux, gréseux et graveleux par endroits, s'achève en amont en une queue d'aronde formée par la confluence de deux grands wadis intermittents dans lesquels se jettent plusieurs tributaires. Dans la zone explorée, la couverture de basalte est en général peu épaisse et les wadis ont creusé dans le substrat des incisions larges et profondes. Dans l'interfluve des deux wadis principaux, une butte épargnée par l'érosion, haute d'une dizaine de mètres et culminant à 390 m, témoigne de l'altitude originelle du substrat. A l'Est de celle-ci, en rive gauche du wadi oriental, une langue de basalte prolonge la nappe de lave principale du plateau ; cet éperon est bordé à l'Est par un petit wadi tributaire.

        L'exploration a porté successivement sur le versant occcidental de la vallée, sur la butte et sur l'éperon.

Art rupestre

        Seules deux roches exposées au Sud-Est et portant des gravures anciennes, ont été observées sur le versant occidental, dans les premières centaines de mètres. De multiples inscriptions arabes contemporaines émaillent les surfaces rocheuses aux alentours.

Makbara : roche gravée 1
Makbara : roche 1. Trois quadrupèdes.
Makbara : roche gravée 2
Makbara : roche 2. Deux figures anthropomorphes.

Archéologie

1. Structures non définies . Après le passage d'une première crête, sur une pente exposée au Nord-Est, on observe les vestiges de structures archéologiques que l'érosion ne permet plus d'identifier. Ceux-ci comportent plusieurs murs rectilignes et curvilignes ainsi que de petits tertres de pierre qui semblent correspondre à des tombes non islamiques.

2. Village . En suivant la pente, vers le Nord-Ouest, à environ 400 m du point de départ, s'ouvre la vallée d'un petit wadi tributaire. Sur la rive gauche de celui-ci, on aperçoit une petite agglomération de constructions rectangulaires et circulaires dont seuls les soubassements de basalte sont conservés. Le site présente une longueur de 150 m pour une largeur de 40 m.

Makbara : cercles de pierres
Makbara : cercles de pierres sur la rive gauche d'un wadi tributaire.

        Ce type d'organisation déjà observé sur d'autres sites, par exemple à 'b n-Naga, où des enclos circulaires et semi-circulaires sont accolés à plusieurs côtés d'une construction rectangulaire (apparemment une maison) présentant éventuellement des subdivisions internes. Les structures rectangulaires sont séparées et les enclos de tailles diverses sont disposés en grappes autour de celles-ci, souvent jusqu'à remplir tout l'espace disponible.

        Des tessons de poterie ont été récoltés en surface. On relève de multiples types de pâte (verte, jaune, orangée, à surface rouge sombre, brun foncé). Les éléments morphologiquement significatifs se limitent à quelques bords, fonds et organes de préhension. Les décors sont constitués de fines cannelures horizontales ou de bandes d'incisions au peigne traîné horizontales, verticales ou obliques, constituant à l'occasion des décors géométriques. S'y ajoute un tesson à glaçure verte. L'ensemble pourrait appartenir à la période islamique.

        Des galets de silex issus du substrat ont été débités sur place. On distingue des déchets de débitage, de petits nucléus, des fragments de lame et deux perçoirs. A l'Est du site, à une cinquantaine de mètres, on observe un cercle de pierres (diam. ca 5 m), d'appareil plus grossier et en roches moins régulières.

3. La butte. En bas de pente, face au Sud-Ouest, on distingue quelques murs de basalte et, au Nord-Ouest, sur la rive gauche du wadi al-Ahmar, les vestiges de deux grandes constructions rectangulaires.

Makbara : la butte
Makbara : la butte témoin au bord du wadi al-Ahmar ; dans le bas de la butte, vestiges de contructions.
Au fond, à droite  : l'éperon de basalte qui supporte le desert-kite.

        Sur les pentes, furent récoltés quelques tessons de céramique, dont un à glaçure bleue (islamique), ainsi que de nombreux déchets de débitage (éclats et nucléus). Quelques roches portent des inscriptions arabes, mais aucun autre pétroglyphe n'a été observé.

4. L'éperon . On distingue quatre ensembles d'éléments architecturaux.

4.1        Sur le versant occidental, un ensemble de constructions rectangulaires et d'enclos plus ou moins circulaires à trame assez lâche. Quelques tertres de pierres semblent correspondre à des tombes.

Makbara : constructions sur l'éperon
Makbara : constructions diverses sur le flanc ouest de l'éperon.

4.2        Sur le même versant, on observe des murs plus épais délimitant l'enceinte rectangulaire d'un desert-kite . Cet enclos, dont l'érosion et peut-être l'utilisation comme carrière, ont fait disparaître l'angle sud-ouest (voir aussi Bashkoy et Djebel Gudj), couvre toute la hauteur de la pente. Il englobe une grande partie des structures mentionnées ci-dessus. Le mur oriental longe le rebord du plateau. Les angles, le milieu du côté nord et les deux extrémités de l'entrée sont munis de cellules circulaires (cinq au total) aujourd'hui effondrées.

Makbara : angle nord-ouest du desert-kite
Makbara : angle nord-ouest du desert-kite .

Makbara : desert-kite, cellule au Sud de l'entrée
Makbara : desert-kite , cellule au Sud de l'entrée.

        L'entrée est barrée d'un muret long de 7 à 8 m, orienté Nord-Sud. Les deux murs d'accès sont implantés sur le versant oriental de l'éperon. Le mur septentrional descend vers l'Est jusqu'à un petit wadi tributaire en bas de pente. Le mur méridional descend obliquement sur le versant, pour atteindre en bas de pente l'extrémité sud de l'avancée basaltique.

4.3        Un grand enclos extérieur au desert-kite occupe également l'extrémité sud de l'éperon. Il est délimité au Nord par les roches abruptes qui occupent le haut de la pente, à l'Est par le mur d'accès méridional du kite, au Sud et à l'Ouest par deux longs murs épais. La construction de cet enclos est donc postérieure à celle du desert-kite .

Makbara : constructions sur l'éperon
Makbara : le grand enclos méridional de l'éperon. En brun foncé à droite  : murs du desert-kite .

4.4        A l'intérieur de l'enclos précédent, en bas de pente, on distingue les vestiges probables d'un grand escalier orienté Nord-Sud (montant vers le sommet ?) ainsi que ceux d'un ensemble d'habitations et d'enclos circulaires. Tout le haut de la pente est érodé jusqu'au sol en place.

L'éperon présente donc au moins trois phases de construction, soit successivement : le desert-kite , l'enclos qui le complète au Sud et, enfin, les autres vestiges repérés sur les pentes occidentale et méridionale.

 

Djebel Gudj

Localisation

        Une journée de prospection a porté sur le trajet qui joint le sommet aplani du Djebel Gudj (volcan d'où est issue la principale coulée de lave du Hemma ; alt. 492 m) au site de Khishâm-2, Quartier IV, dans la vallée du wadi Kakhort. Ce sommet borde, à l'Est, le cratère, aujourd'hui peu marqué, qui a formé la coulée de lave méridionale du Hemma. Il offre une vision panoramique sur l'ensemble du plateau qu'il domine d'une centaine de mètres. Le sol y est jonché de blocs de basalte, de pierre ponce et de fragments de bombes volcaniques.

Archéologie

1. Le sommet . Sur la surface supérieure plane, on observe cinq séries de données archéologiques :

  • dans la partie orientale, de longs murs épais fortement érodés correspondent peut-être à un grand enclos rectangulaire orienté Est-Ouest ;

  • dans cette même partie, une élévation d'environ 1,5 m, affouillée par des clandestins et qui livre une céramique grossière abondante ;

  • à l'Est du précédent, une série de tertres bas, plus ou moins circulaires (dimensions : 7 x 8 m à 10 x 12 m) correspondant probablement à un cimetière préislamique implanté dans l'espace délimité par les murs mentionnés plus haut ;

  • dans la partie occidentale, un cimetière islamique d'une quarantaine de tombes d'époques diverses, orientées Est-Ouest ; les tertres qui couvrent ces tombes sont nettement plus petits que les précédents et approchent plus la taille du corps humain ;

  • de très rares éléments lithiques.

2. Sous le sommet . Trois wadis prennent leur origine immédiatement au-dessous de ce sommet,
     un à l'Ouest et deux au Sud.

Djebel Gudj : enclos sous le sommet
Djebel Gudj : enclos sous le sommet.

         On observe sur leurs rives des agglomérats de constructions rectangulaires et circulaires. Un enclos quadrangulaire aux angles arrondis (diam. : 22 m), installé en haut de pente, sur la rive gauche, à une trentaine de mètres du wadi, présentait apparemment une ouverture (porte ?) aménagée à l'angle sud-ouest par l'adjonction sur la face externe de deux petites constructions circulaires. Des subdivisions internes furent également observées.

Au Nord et à l'Est, la pente, plus douce et moins ravinée ne présente pas de structures archéologiques au voisinage immédiat du sommet.

3. Desert-kite. A environ 1,5 km à l'Est de ce sommet, sur la rive gauche d'un wadi qui coule d'Ouest en Est, fut reconnue l'existence d'un grand desert-kite dont les longs côtés sont parallèles au wadi. L'entrée se trouve du côté est, au sommet de la pente. L'un des murs d'accès, long d'une centaine de mètres, descend obliquement vers le wadi, en direction du Sud-Est ; l'autre, orienté vers le Sud-Ouest, couvre plusieurs centaines de mètres, enjambe un second wadi courant plus à l'Est et se termine au delà, à la limite des champs cultivés. Ces deux murs forment un angle proche de 90°. L'enclos principal, approximativement rectangulaire, est long de ± 140 m et large d'environ 60 à 70 m. Le long côté supérieur, à peu près rectiligne, est construit en bordure du plateau, tandis que le long côté inférieur longe le wadi à une distance qui n'excède pas les 10 m.

Des cellules circulaires ont été observées aux angles de l'enclos du kite et le long de ses divers côtés.

Djebel Gudj : desert-kite, vue d'ensemble
Djebel Gudj : l'enclos du desert-kite, enclos vu du Sud.

Djebel Gudj : desert-kite, cercles de pierres au Sud
Djebel Gudj : des enclos de pierres interrompent le mur sud du desert-kite .

        Ce mur, dont le tracé forme une ligne brisée, a servi de carrière pour la construction de plusieurs cercles de pierres parfois implantés sur le tracé originel de celui-ci. Une situation analogue a été observée à propos du mur inférieur du desert-kite de Bashkoy et il paraît probable que la destruction de l'angle sud-ouest du kite de Braykan soit due à des causes semblables. Les murs de ces kites constituent donc un terminus post quem pour la construction des enclos circulaires. Il s'agit de la première observation concernant la chronologie relative de ces monuments.

        Deux constructions rectangulaires ont été construites le long des faces externes et internes du long côté nord. La première est implantée contre le mur, tandis que la seconde est délimitée au Nord par le mur du desert-kite .

Djebel Gudj : desert-kite, construction extérieure
Djebel Gudj : contruction à l'extérieur du desert-kite .
Djebel Gudj : desert-kite, contruction intérieure
Djebel Gudj : contruction à l'intérieur du desert-kite .

Les vestiges d'autres structures ont été observés à l'intérieur du monument.

         Les auteurs ont ensuite rejoint la vallée du Kakhort à travers champs sans rencontrer d'autres structures archéologiques.

 

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Dernière mise à jour : le 24 janvier 2006