Archéologie et art rupestre à Bashkoy
Qasem al-MOHAMMED
(attaché, Direction générale des Antiquités et des
Musées de Syrie)
Aurélie MEDICI
(Université Libre de Bruxelles)
Ilina PETROVSKA
(Université Libre de Bruxelles)
Paul-Louis van BERG
(Prof., Université Libre de Bruxelles)
Localisation
Le site occupe le versant
méridional d'un éperon basaltique sur la façade orientale
du Hemma. Il est délimité au Sud par le site de Khishâm-1,
documenté en 2004 par Aurélie Medici, et, au Nord, par la route
en terre qui monte du village actuel de Bashkoy vers le plateau.
Documentation
Le repérage et à la
documentation des structures archéologiques et des roches
gravées achève le relevé d'un ensemble
cohérent qui comporte Khishâm-1 Sud, Khishâm-1 Nord et
Bashkoy. Cet ensemble est séparé, au Sud, de Khishâm-2 et,
au Nord, de la petite concentration de roches gravées de Messaoudieh par
des zones vides longues de plusieurs centaines de mètres. Il fut donc
décidé de considérer celui-ci comme un tout et, à
l'avenir, de l'étudier comme tel.
Archéologie
P.-L. van Berg, Q. al-Mohammed
Le
desert-kite
Un
desert-kite
a été repéré à
l'extrémité occidentale de l'éperon. Cette construction
affecte la forme d'un trapèze irrégulier dont la grande base (
ca
140 m) s'appuie au Nord-Ouest sur le bord du plateau et dont la petite base
(environ 45 m), au Sud-Est, est parallèle au wadi qui sépare le
secteur de Khishâm-1 N3 de celui de Bashkoy. La hauteur de ce
trapèze est d'environ 70 m. La surface totale de la construction est de
± 6500 m².
Trois cellules circulaires sont
conservées : une à la jonction des murs nord-est et est, une
à la jonction des murs ouest et sud-ouest, une à
l'extrémité sud du mur ouest. L'entrée de l'enclos,
aménagée dans le petit côté est
complétée par deux murs d'accès ; celui du Nord, plus
ou moins parallèle au bord du plateau, n'est conservé que sur une
dizaine de mètres, l'autre, au Sud, s'étend sur 45 m en direction
du wadi.
Les cercles de pierres : fonction et chronologie relative
Au Sud-Est du
desert-kite
, cinq cercles de pierres occupent le bas de la pente. Comme dans de
très nombreux cas observés sur tout le pourtour du Hemma, les
cercles
de Bashkoy sont implantés à proximité d'un wadi et
possèdent des murs épais d'environ 1 m. La qualité de la
construction suggère une structure permanente.
Par ailleurs, les wadis ont
leur origine au sommet du plateau et ne sont en eau qu'après les
pluies. Dans
la mesure où les cercles sont associés aux wadis, il est probable
que ceux-ci connurent une occupation
saisonnière, probablement en relation avec la garde du bétail. On
peut donc penser à des enclos utilisés par des pasteurs
transhumants qui,
d'année en année, reviennent au même endroit.
L'enclos du
desert-kite
de Bashkoy est actuellement ouvert au sud-sst sur une longueur de
± 35 m.
En effet, le mur sud-est est interrompu par un cercle de pierres et
détruit à l'Ouest de ce cercle. Il paraît s'agir d'une
situation analogue à celle que nous avons observée cette
année à propos d'un desert-kite situé entre le sommet du
Djebel
Gudj et la vallée du Kakhort,
d'une part, et d'un autre localisé à Braykan (hameau au nord de
Makbara). C'est peut-être aussi le cas
du Kite-2 de Khishâm-2, dont la partie orientale paraît
oblitérée par les cercles de pierres du Quartier VII.
Dans ces
divers sites, il semble, qu'un ou plusieurs murs du
desert-kite
ai(en)t servi de carrière pour la construction des cercles ; ces
derniers devraient donc être postérieurs à l'abandon des
monuments en question. Si cette hypothèse devait être
confirmée, nous tiendrions un premier élément quant
à la position chronologique relative de telles constructions.
Les autres structures
Plus à l'Est, en bordure
du wadi, on aperçoit d'autres constructions de pierres sèches,
probablement des vestiges d'habitations entourées d'enclos divers. La
céramique récoltée en surface, peu homogène,
paraît tardive et, de l'avis des spécialistes, n'est en aucun cas
antérieure à l'époque néo-assyrienne. Les quelques
éléments lithiques recueillis ne sont pas assignables à
une période déterminée.
Au Nord-Est de l'éperon,
on distingue encore un grand enclos polygonal (L = 25 m) et, sur la pointe, une
série de trois enclos curvilignes allongés (37 x 23 m),
implantés sur la pente et détruits par l'érosion dans le
bas.
Sur le plateau, au Nord du
desert-kite
, des murs orthogonaux représentent les vestiges d'un habitat, tandis
qu'à l'extrémité orientale de l'éperon, on observe
la présence de quatre tertres de pierres circulaires anciens
(diam. : 5-19 m).
Bashkoy :
le plus grand des quatre tertres de pierres.
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Art rupestre
A. Medici, I. Petrovska
L'art rupestre de Bashkoy
(abrévié BSK) fit l'objet d'une prospection rapide par Serge
Lemaitre et Marc Vander Linden au cours de la campagne 2002 ; 51 roches
gravées furent découvertes à cette occasion.
Une prospection approfondie a
révélé l'existence de 36 roches gravées
supplémentaires, ce qui porte le total à 87. Toutes les surfaces
ornées sont réparties sur le versant méridional de
l'éperon, en général dans le tiers supérieur de la
pente et en bordure du plateau, entre 382 et 405 m d'altitude. Elles sont
orientées au Sud, au Sud-Est et au Sud-Ouest. La couleur des surfaces
brutes tend vers le noir et les gravures sont repatinées en brun ou en
brun rouge. Les techniques utilisées sont le piquetage au percuteur de
pierre et l'incision (rare).
Le répertoire
iconographique est dominé par des figures anthropomorphes (les bras
levés, tenant une lance, montant un équidé
) et
zoomorphes (capridés, canidés, félins, bovins,
équidés). A signaler, entre autres, deux représentations
de
desert-kite
.
Quelques surfaces
gravées méritent une mention
particulière :
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Bashkoy :
roche 35.
Un anthropomorphe est
associé à un quadrupède dont l'érosion a fait
disparaître la
quatrième patte. La première figure est munie d'un tronc
longiligne ; ses bras sont pliés à angle droit.
L'avant-bras droit est baissé, le gauche est levé.
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Bashkoy :
roche 17
Anthropomorphe aux bras
levés et au cou long et
massif. Les
mains et peut-être aussi les doigts sont représentés.
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Bashkoy :
roche 51.
En bas
: une petite figure anthropomorphe face à un lion ou à un
chien. Le félin (ou le canidé) semble avoir
été muni ultérieurement de cornes en piquetage plus
léger et discontinu.
En haut
: un
capridé. Cet animal paraît également
avoir subi une transformation : ses pattes avant se confondent
avec les jambes d'une figure anthropomorphe et leur piquetage est plus
serré que celui du reste de l'animal ; leur prolongement vers le
haut correspond probablement au tronc du personnage.
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Bashkoy :
roche 19.
Deux quadrupèdes cornus,
distribués sur
deux faces (a et b) de la roche, sont associés à un
anthropomorphe armé d'une lance. Il s'agit probablement
d'une scène de chasse.
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Bashkoy :
roche 52.
Divinité debout sur un quadrupède d'espèce
indéterminée.
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Bashkoy : roche 69.
Les différences de patine
indiquent au moins deux phases d'exécution. La gravure la
plus ancienne (en noir), représente peut-être un
animal (tête à droite) au dessus duquel se trouve un
quadrupède de nature indéterminée (en gris sur la figure).
Ce second
quadrupède fut ensuite intégré dans une nouvelle
figure qui peut être lue soit comme un nouveau quadrupède dont le
corps est laissé en réserve, soit
comme un autel à quatre pieds.
Au dessus de cette
dernière figure se
tient une divinité au tronc trapézoïdal ; le
bassin semble représenté, le bras droit est baissé et le
gauche tient une épée, peut-être fixée à
la taille.
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Bashkoy :
roche 70.
Un
desert-kite
circulaire est muni de 5 ou 6 cellules périphériques. A
l'intérieur : trois capridés ; entre les murs
d'entrée : deux figures anthropomorphes aux bras levés.
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Bashkoy :
roche 39.
Un cavalier brandit une lance
horizontalement au-dessus de sa
tête. Il se dirige vers une autre figure anthropomorphe au corps
rectangulaire.
Le thème du lancier
monté est populaire à
partir de l'époque néo-assyrienne. Il s'agit d'un des rares
éléments à valeur chronologique trouvés à
Bashkoy.
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Bashkoy et Khishâm-2 : différences qualitatives
Bashkoy :
aperçu du format des roches. Au centre : le mur oriental du
desert-kite
dans le bas duquel s'insère la roche 9.
La nature du site d'art
rupestre de Bashkoy le rapproche de celui de Khishâm-1 Nord-3 : les
roches y sont de petites dimensions et fortement érodées, ce qui
les rend peu lisibles. Cette difficulté de lecture est renforcée
par le faible investissement en soin et en
temps de travail dont témoignent les gravures. En effet, ces
dernières sont réalisées
dans un piquetage plus superficiel et plus discontinu que celui qu'on observe,
par exemple, à Khishâm-2.
Les différences qui
opposent les concentrations de gravures rupestres de Bashkoy et de
Khishâm-1 Nord-3 à celles de Khishâm-2 montrent que tous
les sites n'ont pas fonctionné de la même manière et
n'étaient pas nécessairement accessibles à n'importe quel
graveur.
Il se peut qu'un site tel que
Khishâm-2, implanté dans
une vallée spacieuse et doté de grandes surfaces rocheuses ait
été fréquenté successivement par des groupes
importants qui recélaient en leur sein des artistes habiles et que ce
n'ait pas été le cas à Bashkoy ou àKhishâm-1
Nord-3, où les surfaces disponibles sont petites et leur implantation
peu spectaculaire. Il se pourrait aussi que l'activité de gravure ait
été réservée à certains individus
dotés de fonctions particulières à Khishâm-2 et plus
ouverte sur d'autres sites.
Bien des aspects de ce
problème dépendent probablement de qui avait la maîtrise
des lieux à chaque époque. En effet, les diverses zones du
plateau ont pu connaître, au cours des trois ou quatre derniers
millénaires avant notre ère, des occupants ou des visiteurs
différents. Nous aurons donc a tenter d'évaluer la
présence et le rôle respectifs des habitants urbanisés des
tells qui bordent le wadi Aweidj (Tell Beydar, Tell Rajab, Tell Jmelou, ...),
des habitants des hameaux répartis sur tout le plateau, des bergers
transhumants ou des nomades chameliers.
Quoi qu'il en soit, il
paraît
d'ores et déjà probable que les communautés dominantes se
soient réservé les plus belles vallées et les lieux
d'asile les plus confortables où l'eau était le plus
aisément accessible. Ces différences pourraient fort bien
s'être reflétées dans la qualité des productions
rupestres.
Bibliographie
-
MEDICI A., 2004. L'art rupestre de Khishâm-1 Sud et Nord. Dans : van
BERG P.-L., KASEM J. (dirs),
Archéologie et art rupestre du Hemma (Hassake, Syrie), Campagne 2004.
Rapport préliminaire
. Mission syro-belge de Khishâm (Hassake) : 40-42.
-
MEDICI A., 2003. Le site rupestre de Khishâm-1 Nord, Secteur 3.
Dans : van BERG P.-L., al-MECHRIF O. (dirs), 2003.
Archéologie et art rupestre du Hemma (Hassake, Syrie), Campagne 2003.
Rapport préliminaire
. Mission syro-belge de Khishâm (Hassake) : 39 p., XXVIII pl.
-
VANDER LINDEN M., van BERG P.-L., 2003. Prospection archéologique sur le
plateau du Hemma. Dans : van BERG P.-L., AHMO KH. (dirs).
Mission Belgo-syrienne de Khishâm. Rapport interne n° 2 (Campagne
2002)
. Bruxelles, Centre de Recherche interfacultaire « Espaces et
Sociétés - approches comparatives » (ULB) et
Musées royaux d'Art et d'Histoire : 45-67.
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