Le desert-kite de Bashkoy

Bashkoy : le desert-kite et les cercles de pierres en bordure du wadi.
Le mur sud-est du desert-kite est interrompu par un de ces cercles.

Archéologie et art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne)

Mission de Khishâm - Campagne 2005


La mission Prospections à Makbara et au Dj. Gudj Art rupestre à 'b n-Naga [1] [2] [3]
Géomorphologie Archéologie et art rupestre à Bashkoy Art rupestre à al-Harbawi
Topographie Art rupestre à Kefra Art rupestre à Kon Attar
Sondages à Khishâm-2, Quartier IV Archéologie à 'bn-Naga Conclusions



Archéologie et art rupestre à Bashkoy

Qasem al-MOHAMMED (attaché, Direction générale des Antiquités et des Musées de Syrie)
Aurélie MEDICI (Université Libre de Bruxelles)
Ilina PETROVSKA (Université Libre de Bruxelles)
Paul-Louis van BERG (Prof., Université Libre de Bruxelles)

Localisation

        Le site occupe le versant méridional d'un éperon basaltique sur la façade orientale du Hemma. Il est délimité au Sud par le site de Khishâm-1, documenté en 2004 par Aurélie Medici, et, au Nord, par la route en terre qui monte du village actuel de Bashkoy vers le plateau.

Documentation

        Le repérage et à la documentation des structures archéologiques et des roches gravées achève le relevé d'un ensemble cohérent qui comporte Khishâm-1 Sud, Khishâm-1 Nord et Bashkoy. Cet ensemble est séparé, au Sud, de Khishâm-2 et, au Nord, de la petite concentration de roches gravées de Messaoudieh par des zones vides longues de plusieurs centaines de mètres. Il fut donc décidé de considérer celui-ci comme un tout et, à l'avenir, de l'étudier comme tel.

carte de Bashkoy et Khishâm-1 Nord

Archéologie

P.-L. van Berg, Q. al-Mohammed

Le desert-kite

        Un desert-kite a été repéré à l'extrémité occidentale de l'éperon. Cette construction affecte la forme d'un trapèze irrégulier dont la grande base ( ca 140 m) s'appuie au Nord-Ouest sur le bord du plateau et dont la petite base (environ 45 m), au Sud-Est, est parallèle au wadi qui sépare le secteur de Khishâm-1 N3 de celui de Bashkoy. La hauteur de ce trapèze est d'environ 70 m. La surface totale de la construction est de ± 6500 m².

        Trois cellules circulaires sont conservées : une à la jonction des murs nord-est et est, une à la jonction des murs ouest et sud-ouest, une à l'extrémité sud du mur ouest. L'entrée de l'enclos, aménagée dans le petit côté est complétée par deux murs d'accès ; celui du Nord, plus ou moins parallèle au bord du plateau, n'est conservé que sur une dizaine de mètres, l'autre, au Sud, s'étend sur 45 m en direction du wadi.

Les cercles de pierres : fonction et chronologie relative

        Au Sud-Est du desert-kite , cinq cercles de pierres occupent le bas de la pente. Comme dans de très nombreux cas observés sur tout le pourtour du Hemma, les cercles de Bashkoy sont implantés à proximité d'un wadi et possèdent des murs épais d'environ 1 m. La qualité de la construction suggère une structure permanente.

        Par ailleurs, les wadis ont leur origine au sommet du plateau et ne sont en eau qu'après les pluies. Dans la mesure où les cercles sont associés aux wadis, il est probable que ceux-ci connurent une occupation saisonnière, probablement en relation avec la garde du bétail. On peut donc penser à des enclos utilisés par des pasteurs transhumants qui, d'année en année, reviennent au même endroit.

        L'enclos du desert-kite de Bashkoy est actuellement ouvert au sud-sst sur une longueur de ± 35 m. En effet, le mur sud-est est interrompu par un cercle de pierres et détruit à l'Ouest de ce cercle. Il paraît s'agir d'une situation analogue à celle que nous avons observée cette année à propos d'un desert-kite situé entre le sommet du Djebel Gudj et la vallée du Kakhort, d'une part, et d'un autre localisé à Braykan (hameau au nord de Makbara). C'est peut-être aussi le cas du Kite-2 de Khishâm-2, dont la partie orientale paraît oblitérée par les cercles de pierres du Quartier VII.

        Dans ces divers sites, il semble, qu'un ou plusieurs murs du desert-kite ai(en)t servi de carrière pour la construction des cercles ; ces derniers devraient donc être postérieurs à l'abandon des monuments en question. Si cette hypothèse devait être confirmée, nous tiendrions un premier élément quant à la position chronologique relative de telles constructions.

Les autres structures

        Plus à l'Est, en bordure du wadi, on aperçoit d'autres constructions de pierres sèches, probablement des vestiges d'habitations entourées d'enclos divers. La céramique récoltée en surface, peu homogène, paraît tardive et, de l'avis des spécialistes, n'est en aucun cas antérieure à l'époque néo-assyrienne. Les quelques éléments lithiques recueillis ne sont pas assignables à une période déterminée.

        Au Nord-Est de l'éperon, on distingue encore un grand enclos polygonal (L = 25 m) et, sur la pointe, une série de trois enclos curvilignes allongés (37 x 23 m), implantés sur la pente et détruits par l'érosion dans le bas.

        Sur le plateau, au Nord du desert-kite , des murs orthogonaux représentent les vestiges d'un habitat, tandis qu'à l'extrémité orientale de l'éperon, on observe la présence de quatre tertres de pierres circulaires anciens (diam. : 5-19 m).

Bashkoy : grand tertre de pierres
Bashkoy : le plus grand des quatre tertres de pierres.

Art rupestre

A. Medici, I. Petrovska

        L'art rupestre de Bashkoy (abrévié BSK) fit l'objet d'une prospection rapide par Serge Lemaitre et Marc Vander Linden au cours de la campagne 2002 ; 51 roches gravées furent découvertes à cette occasion.

        Une prospection approfondie a révélé l'existence de 36 roches gravées supplémentaires, ce qui porte le total à 87. Toutes les surfaces ornées sont réparties sur le versant méridional de l'éperon, en général dans le tiers supérieur de la pente et en bordure du plateau, entre 382 et 405 m d'altitude. Elles sont orientées au Sud, au Sud-Est et au Sud-Ouest. La couleur des surfaces brutes tend vers le noir et les gravures sont repatinées en brun ou en brun rouge. Les techniques utilisées sont le piquetage au percuteur de pierre et l'incision (rare).

        Le répertoire iconographique est dominé par des figures anthropomorphes (les bras levés, tenant une lance, montant un équidé …) et zoomorphes (capridés, canidés, félins, bovins, équidés). A signaler, entre autres, deux représentations de desert-kite .

Quelques surfaces gravées méritent une mention particulière :

Bashkoy : roche 35.

Bashkoy : roche 35.
        Un anthropomorphe est associé à un quadrupède dont l'érosion a fait disparaître la quatrième patte. La première figure est munie d'un tronc longiligne ; ses bras sont pliés à angle droit. L'avant-bras droit est baissé, le gauche est levé.

Bashkoy : roche 17
        Anthropomorphe aux bras levés et au cou long et massif. Les mains et peut-être aussi les doigts sont représentés.

Bashkoy : roche 17
Bashkoy : roche 51

Bashkoy : roche 51.
         En bas  : une petite figure anthropomorphe face à un lion ou à un chien. Le félin (ou le canidé) semble avoir été muni ultérieurement de cornes en piquetage plus léger et discontinu.

         En haut  : un capridé. Cet animal paraît également avoir subi une transformation : ses pattes avant se confondent avec les jambes d'une figure anthropomorphe et leur piquetage est plus serré que celui du reste de l'animal ; leur prolongement vers le haut correspond probablement au tronc du personnage.

Bashkoy : roche 19.
        Deux quadrupèdes cornus, distribués sur deux faces (a et b) de la roche, sont associés à un anthropomorphe armé d'une lance. Il s'agit probablement d'une scène de chasse.

Bashkoy : roche 19
Bashkoy : roche 52

Bashkoy : roche 52.
Divinité debout sur un quadrupède d'espèce indéterminée.

Bashkoy : roche 69.
        Les différences de patine indiquent au moins deux phases d'exécution. La gravure la plus ancienne (en noir), représente peut-être un animal (tête à droite) au dessus duquel se trouve un quadrupède de nature indéterminée (en gris sur la figure).
         Ce second quadrupède fut ensuite intégré dans une nouvelle figure qui peut être lue soit comme un nouveau quadrupède dont le corps est laissé en réserve, soit comme un autel à quatre pieds.
        Au dessus de cette dernière figure se tient une divinité au tronc trapézoïdal ; le bassin semble représenté, le bras droit est baissé et le gauche tient une épée, peut-être fixée à la taille.

Bashkoy : roche 69
Bashkoy : roche 70

Bashkoy : roche 70.
        Un desert-kite circulaire est muni de 5 ou 6 cellules périphériques. A l'intérieur : trois capridés ; entre les murs d'entrée : deux figures anthropomorphes aux bras levés.

Bashkoy : roche 39.
        Un cavalier brandit une lance horizontalement au-dessus de sa tête. Il se dirige vers une autre figure anthropomorphe au corps rectangulaire.
        Le thème du lancier monté est populaire à partir de l'époque néo-assyrienne. Il s'agit d'un des rares éléments à valeur chronologique trouvés à Bashkoy.

Bashkoy : roche 39

Bashkoy et Khishâm-2 : différences qualitatives

Bashkoy : roche 9
Bashkoy : aperçu du format des roches. Au centre : le mur oriental du desert-kite
dans le bas duquel s'insère la roche 9.

        La nature du site d'art rupestre de Bashkoy le rapproche de celui de Khishâm-1 Nord-3 : les roches y sont de petites dimensions et fortement érodées, ce qui les rend peu lisibles. Cette difficulté de lecture est renforcée par le faible investissement en soin et en temps de travail dont témoignent les gravures. En effet, ces dernières sont réalisées dans un piquetage plus superficiel et plus discontinu que celui qu'on observe, par exemple, à Khishâm-2.

        Les différences qui opposent les concentrations de gravures rupestres de Bashkoy et de Khishâm-1 Nord-3 à celles de Khishâm-2 montrent que tous les sites n'ont pas fonctionné de la même manière et n'étaient pas nécessairement accessibles à n'importe quel graveur.

        Il se peut qu'un site tel que Khishâm-2, implanté dans une vallée spacieuse et doté de grandes surfaces rocheuses ait été fréquenté successivement par des groupes importants qui recélaient en leur sein des artistes habiles et que ce n'ait pas été le cas à Bashkoy ou àKhishâm-1 Nord-3, où les surfaces disponibles sont petites et leur implantation peu spectaculaire. Il se pourrait aussi que l'activité de gravure ait été réservée à certains individus dotés de fonctions particulières à Khishâm-2 et plus ouverte sur d'autres sites.

         Bien des aspects de ce problème dépendent probablement de qui avait la maîtrise des lieux à chaque époque. En effet, les diverses zones du plateau ont pu connaître, au cours des trois ou quatre derniers millénaires avant notre ère, des occupants ou des visiteurs différents. Nous aurons donc a tenter d'évaluer la présence et le rôle respectifs des habitants urbanisés des tells qui bordent le wadi Aweidj (Tell Beydar, Tell Rajab, Tell Jmelou, ...), des habitants des hameaux répartis sur tout le plateau, des bergers transhumants ou des nomades chameliers.

        Quoi qu'il en soit, il paraît d'ores et déjà probable que les communautés dominantes se soient réservé les plus belles vallées et les lieux d'asile les plus confortables où l'eau était le plus aisément accessible. Ces différences pourraient fort bien s'être reflétées dans la qualité des productions rupestres.

Bibliographie

  1. MEDICI A., 2004. L'art rupestre de Khishâm-1 Sud et Nord. Dans : van BERG P.-L., KASEM J. (dirs), Archéologie et art rupestre du Hemma (Hassake, Syrie), Campagne 2004. Rapport préliminaire . Mission syro-belge de Khishâm (Hassake) : 40-42.

  2. MEDICI A., 2003. Le site rupestre de Khishâm-1 Nord, Secteur 3. Dans : van BERG P.-L., al-MECHRIF O. (dirs), 2003. Archéologie et art rupestre du Hemma (Hassake, Syrie), Campagne 2003. Rapport préliminaire . Mission syro-belge de Khishâm (Hassake) : 39 p., XXVIII pl.

  3. VANDER LINDEN M., van BERG P.-L., 2003. Prospection archéologique sur le plateau du Hemma. Dans : van BERG P.-L., AHMO KH. (dirs). Mission Belgo-syrienne de Khishâm. Rapport interne n° 2 (Campagne 2002) . Bruxelles, Centre de Recherche interfacultaire « Espaces et Sociétés - approches comparatives » (ULB) et Musées royaux d'Art et d'Histoire : 45-67.

 

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Dernière mise à jour : le 27 décembre 2005