Art rupestre à 'b n-Naga [1]
Paul-Louis van BERG
(prof., Université Libre de Bruxelles)
Ilina PETROVSKA
(Université Libre de Bruxelles)
Localisation
Les surfaces gravées,
généralement orientées vers le Sud, se répartissent
sur toute la longueur des deux versants de la vallée. Seules en sont
exemptes les zones exposées au Nord, où les lichens couvrent la
totalité des surfaces rocheuses.
Les gravures se trouvent en
majorité dans le tiers supérieur des pentes, soit sur les
surfaces dénudées « d'orgues basaltiques » en
place, soit dans les éboulis, voire en position secondaire. On les
trouve dispersées ou en petits groupes, occupant des surfaces lisses
dont les dimensions n'excèdent que rarement le mètre.
Documentation
Dans la mesure où,
à ce stade de l'étude, il n'était pas possible de
réaliser un dénombrement proche de l'exhaustivité, les
roches gravées n'ont pas été numérotées. 877
surfaces suffisamment lisibles soit environ 75% de l'ensemble ont
été documentées par 1800 photographies digitales et 30
relevés.
Données techniques
La taille moyenne des gravures
est, en général, un peu plus élévée que sur
les sites de l'Est du plateau et les figures individuelles de plus de 20 cm ne
sont pas rares. Les techniques d'exécution sont, en ordre
décroissant de fréquence, le bouchardage au percuteur de pierre,
l'incision fine, le raclage et le bouchardage au pic de métal.
On reconnaît de multiples
qualités d'exécution, du tracé le plus assuré
à la facture la plus négligée. Ce phénomène
était moins marqué à Khishâm-2 et souligne le fait
que l'activité fut ici ouverte à des individus aux
talents plus diversifiés.
Thématique
Outre les figures
anthropomorphes (isolées ou groupées, armées ou non) et zoomorphes usuelles
(capridés, lions, bovins), on relève, entre autres, la
présence des sujets suivants :
desert-kites
, dromadaires, cavaliers, archers, divinités debout sur un animal,
combattants à pied. Quelques thèmes mineurs sont
inventoriés en page [3] .
Desert-kites
On dénombre près
d'une centaine de représentations en plan de
desert-kite. La plupart sont polygonaux ou rectangulaires et munis de cellules circulaires
aux angles. Les formes irrégulières, circulaires, elliptiques ou
en goutte semblent moins fréquentes qu'à Khishâm-2, par
exemple. Des animaux, en particulier des capridés, sont souvent
représentés à l'intérieur de l'enclos. Des figures
anthropomorphes peuvent être présentes, tant dans l'enclos
qu'entre les murs d'accès.
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'b n-Naga :
desert-kites
.A l'intérieur : capridé, à l'extérieur :
lion et anthropomorphe fragmentaire.
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'b n-Naga :
desert-kite
. A l'intérieur : figure anthropomorphe contemporaine de celle du
desert-kite.
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Comme sur les autres sites,
certains détails architecturaux sont soulignés :
accès à deux ou trois murs, murs incurvés vers
l'extérieur aux angles entourés d'une cellule
périphérique, rétrécissement de l'entrée,
utilisation de la surface rocheuse à la manière d'un paysage
naturel.
Quelques ensembles de gravures
contribuent fournissent des éléments nouveaux quant à la
position chronologique des monuments réels ou figurés. En
effet :
-
quelques données stratigraphiques et trouvailles suggèrent de
dater les monuments réels aux 4
e
et 3
e
millénaires avant notre ère ; les propositions
d'attributions au Néolithique sont contestées par une partie des
chercheurs ;
-
la diversité des représentations suggère que
bâtisseurs et graveurs participent de la même ambiance
culturelle ; les graveurs n'ont pas simplement reproduit les monuments qui
s'offraient à leur vue ; on peut donc penser que les images et
leurs modèles sont contemporains ;
Cependant :
-
les figures associées aux représentations de desert-kite peuvent
en être contemporaines, mais ne le sont pas nécessairement ;
-
plusieurs représentations de desert-kite montrent une patine claire qui
caractérise généralement des figures assignables à
la seconde moitié du 1
er
millénaire avant notre ère, voire aux époques
hellénistique et parthe ;
-
une roche montre un de ces
desert-kites
à patine claire associé à un dromadaire
exécuté de la même main, ce qui mène à dater
la gravure, au plus tôt, à l'âge du Fer I (1200 - 1000 av.
n. è.), époque supposée de l'introduction du dromadaire en
Syrie ;
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'b n-Naga :
desert-kite
piqueté.
En bas, à gauche
: dromadaire.
Dans le champ: animaux et
personnages incisés.
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-
une autre gravure montre un char à deux roues auquel sont attelés
deux animaux (équidés ou lions) à l'intérieur d'un
desert-kite
circulaire, complètement entouré de cellules contiguës. Le rabattement
latéral des animaux et des roues constitue une exception dans l'art du
Hemma. Le piquetage et la patine suggèrent que le
desert-kite
et le char sont contemporains. La structure des roues, qui permettrait de dater le véhicule, est ambiguë :
pleines (dès le deuxième tiers du 3e millénaire) ou à rayons (à partir de 1600 av. n. è.). Par ailleurs, l'ensemble illustre une dérive du
point de vue du plan et de l'usage du monument ;
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'b n-Naga :
desert-kite
(modèle modifié) et char à deux roues.
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-
sur une troisième roche, le desert-kite est rempli d'animaux de factures
et de patines diverses. Une partie de ceux-ci, en particulier le capridé
unique
broutant les feuilles d'un arbuste schématique, suggère une
datation à partir de la première moitié du 2
e
millénaire.
'b n-Naga :
desert-kite
. A l'intérieur :
trois groupes d'animaux respectivement
gravés par des mains différentes.
Au centre : capridé broutant un arbuste.
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Dès lors se pose la
question de savoir si, d'une part, les
desert-kites
ont été construits ou sont restés en usage plus
longtemps qu'on ne le pensait, ou bien si on a continué à les
représenter bien après leur abandon. Le seul cas de
représentation tardive assuré jusqu'à présent est
celui du
desert-kite
gravé sur une roche du cairn d'Ibn Hani, en
Jordanie, daté par les inscriptions safaïtiques qui l'accompagnent.
Cette observation remet également en question les dates retenues pour les autres représentations. Ainsi, par exemple, à Khishâm-2, une partie des quelque cent figures de desert-kite sont très usées et probablement fort anciennes, tandis que d'autres montrent un piquetage plus frais et sont associées à des gravures auxquelles nous sommes tentés d'assigner une date tardive. La question reste donc pendante pour le moment.
Dieux, démons et symboles
Les sujets religieux sont plus nombreux et plus diversifiés que sur les
autres sites.
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'b n-Naga :
un dieu archer debout sur un capridé vise un personnage manchot.
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'b n-Naga :
idole debout sur un animal (déesse nue sur un lion ?) et personnage
tenant des objets non déterminés.
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'b n-Naga :
démon hybride aux jambes entrelacées.
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'b n-Naga :
figure de même nature que celle de gauche, sur une roche voisine
(imitation ?).
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'b n-Naga :
. Le dieu Bès identifié par ses jambes arquées, sa
couronne de plumes et ses oreilles en cornet.
A droite
: un capridé
et un équidé. La patine très claire suggère une
date tardive, peut-être l'époque hellénistique.
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'b n-Naga :
Figures apparentées à celle de gauche (couleurs
modifiées).
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'b n-Naga :
à droite
, deux animaux surmontés par trois symboles divins
(étoile-Ishtar, croissant lunaire-Sîn, 7 étoiles-Sept dieux ou
Pléiades) ;
à gauche, symbole non identifié.
Date proposée : seconde moitié du 2e millénaire.
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'b n-Naga :
symboles divins ; étoile-Ishtar, croissant lunaire-Sîn et plage de 37
étoiles (ciel ?). Date proposée : seconde moitié du 2e millénaire.
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Une divinité dans son temple
Un panneau vertical
exceptionnel se dresse en bas de pente, face à l'Est, à une
centaine de mètres au Sud-Ouest du village de Kefra. La roche, en
position secondaire, constitue la pierre angulaire de deux fragments de murs
anciens perpendiculaires, au bas d'une aire épierrée de quelques
mètres carrés.
Le piquetage et l'incision sont
utilisés conjointement. On distingue une composition centrale et une
autre périphérique, de facture plus grossière et
réalisée dans un second temps. L'ensemble est
oblitérée par une inscription arabe : « Khalil
2003 ».
Composition centrale
Une
construction haute et étroite, surmontée d'un toit en coupole (?), est
présentée en coupe verticale. L'espace intérieur est
laissé en réserve, tandis que le toit est entièrement piqueté.
Un arbre incisé en occupe le sommet ; de part et d'autre, des oiseaux symétriques, aux pattes incisées, sont
tournés vers l'arbre.
Une subdivision
horizontale est visible, dans le quart supérieur de la construction. Les
objets présents à cet étage ne sont pas identifiables. Au
milieu de la partie inférieure, une divinité assise sur un
siège à dossier tient une palme de la main droite. Les pieds du
siège, les jambes, les bras et la palme sont incisés.
A droite
:
probablement une table ou un autel portant un objet non identifié.
A droite du bâtiment, la composition est divisée en trois
registres. Soit, de haut en bas :
-
- une barque à poupe redressée et proue épaissie en
protomé animale.
A l'avant
: une figure peu distincte, peut
être un personnage assis sur les talons ou un animal.
A
l'arrière
: une figure anthropomorphe, bras levés et jambes
écartées.
-
- trois anthropomorphes aux hanches arrondies. Celui de gauche tient de la main
droite un objet arrondi en partie oblitéré par l'inscription. Le
deuxième paraît maintenir des deux mains, par la nuque et la
croupe, un animal renversé, pattes vers le haut. Le troisième
soulève un capridé par la nuque et la croupe.
-
- un anthropomorphe aux bras levés tient de la main droite un objet
indéterminé, tandis que la main gauche jouxte une ligne oblique
descendant vers la droite. Cet élément sert de ligne de sol aux
trois personnages du registre moyen. Le tracé de la figure anthropomorphe est différent de celui des trois figures précédentes : il se peut donc qu'elle n'appartienne pas à la composition principale.
Composition périphérique
-
-
à gauche
: un grand anthropomorphe aux bras levés, presque aussi haut que
le bâtiment de la scène centrale. L'avant-bras, et la main de
droite et la jambe fléchie sont partiellement superposés au
bâtiment. Ce personnage paraît assis sur un siège dont on
aperçoit le dossier à l'extrême gauche.
-
-
à droite
: un anthropomorphe aux bras écartés et jambes
écartées et fléchies. A droite de ce dernier, une autre
figure anthropomorphe portant une jupe évasée d'où sortent
des jambes minces, pieds tournés vers la gauche. Les bras sont
incomplets. Le personnage, probablement une divinité, se tient sur un
animal inachevé.
Commentaire
La scène centrale
appartient à un répertoire iconographique complexe, de nature
religieuse, inconnu jusqu'ici dans l'art du Hemma. L'influence de l'art urbain
y est sensible. Il paraît s'agir d'un temple vers lequel des dévôts se dirigent à pied et en bateau.
Des scènes de ce genre, comportant une divinité,
installée sous un auvent et tenant une branche, dont s'approchent des
porteurs d'offrandes et des dignitaires, respectivement à pied et en
bateau, sont connues dès le Dynastique archaïque, par exemple sur un sceau-cylindre de
Tell Suleimeh, en Iraq (Collon 1988 : fig. 756).
Si le thème général est ancien, l'arbre
schématique entouré de deux oiseaux suggère une datation de la
scène centrale à partir du XVIIIe/XVIIe siècle avant notre ère, époque au cours de laquelle les oiseaux apparaissent dans la Céramique du Khabour.
Bibliographie
COLLON D., 1988.
First Impressions. Cylinder Seals in the Ancient Near East
. London : British Museum Press : 208 p.
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