|
Le projet cadre (1999 - )
" Organisation de l'espace et émergence des
sociétés complexes :
archéologie, anthropologie et linguistique "
Personnel
Promoteur :
-
P.-L. van BERG : professeur à l'Université Libre de Bruxelles.
Collaborateurs :
-
Nicolas CAUWE : chef de travaux aux Musées royaux d'Art et d'Histoire,
titulaire des collections de Préhistoire générale.
-
Serge LEMAITRE : boursier de la Fondation Alice et David Van Buuren.
-
Vincianne PICALAUSE : boursière du Fonds d'Encouragement à la
Recherche de l'Université Libre de Bruxelles.
-
Marc VANDER LINDEN : aspirant du Fonds national de la Recherche Scientifique.
Description du projet
L'émergence des
sociétés complexes et la hiérarchisation sociale sont
souvent appréhendées dans une perspective exclusivement
économique, ainsi qu'en témoignent les critères pris en
considération : urbanisation, spécialisation des tâches,
visibilité accrue des instances de pouvoir, intensification
économique (production de surplus, larges réseaux
d'échanges, …). Si, dès le 4ème millénaire,
l'espace mésopotamien, répond assez bien aux attentes de ce
modèle, l'Europe protohistorique, résiste à toute
tentative de caractérisation en termes strictement économiques,
menant certains chercheurs à s'interroger sur l'incapacité
obstinée des communautés européennes à se doter
d'institutions complexes et de grands états avant la romanisation.
Plutôt que de constater
un éventuel retard de l'Europe sur le berceau proche-oriental de la
civilisation, il convient peut-être de s'interroger sur la pertinence du
modèle explicatif. En effet, les modèles économiques ne
s'appliquent qu'à certaines sociétés, au sein desquelles
le pouvoir se définit par l'accumulation et le contrôle global des
richesses, alors que dans d'autres, prestige et pouvoir résident avant
tout dans la capacité à contracter alliances et contacts
extérieurs. Dès lors, plutôt que d'envisager la
complexité sociale comme la seule expression d'une puissance
économique, il s'agit de s'interroger sur les modalités de
constitution du corps social et d'intégration des individus en son sein.
De ce point de vue, il semble
que la dichotomie relevée plus haut entre le Proche-Orient et l'Europe
soit une expression particulière d'une différence culturelle
opposant les sociétés qui se développent au nord et au sud
de la Mer Noire et du Caucase, et dont on peut suivre la mise en place et
l'affirmation depuis le 7ème millénaire au moins.
a)
En Europe, de 6500 à
5000 avant notre ère, la tradition néolithique issue du
Proche-Orient s'installe progressivement dans les Balkans, le long des
côtes de la Méditerranée et sur le plateau de l'Europe
moyenne, de l'Ukraine occidentale au Bassin Parisien. Les populations de la
plaine baltique et de la côte atlantique conservent encore, pendant une
période qui va de quelques siècles à un millénaire,
leur mode de vie mésolithique, puis adoptent l'agriculture et
l'élevage. Ce changement économique s'accompagne d'une
restructuration des garants surnaturels de ces sociétés.
Opérant sur un plan local, ces dernières rejettent les
idéologies de leurs voisins néolithiques, où le culte de
divinités paraît jouer un grand rôle, et renforcent le
pouvoir de leurs morts en développant des cultes d'ancêtres
illustrés par les tombes collectives mégalithiques atlantiques et
baltiques, ainsi que par les offrandes qui accompagnent celles-ci.
Entre 5000 et 3000, les
anciennes civilisations néolithiques du plateau européen et de la
Méditerranée se contractent ou se transforment sous la pression
de la périphérie (Nord et Ouest). Mais à l'est, on
observe, à partir de 5000, une progression du Néolithique vers la
sylvo-steppe et la steppe ukrainiennes, entraînant le métissage
culturel de la région. Dès 3500 au plus tard, des influences de
la steppe pénètrent en retour dans les Balkans, les Carpates et
la plaine baltique, pour gagner ensuite la plus grande partie de l'Europe. Les
cultures s'exprimant en langues indo-européennes, probablement issues
des régions pontiques, s'installent sur ce triple héritage. Les
détails de leur formation sont encore largement débattus.
Ces cultures septentrionales
montrent en général une approche " linéaire " de l'espace,
exprimée tantôt sous la forme de lignes parallèles
(décor céramique), tantôt sous celle de cercles
concentriques (habitat, corps social), d'étages superposés
(cosmologie) ou de territoires juxtaposés aux limites souvent floues
(politique). A l'aube de l'Histoire, les sociétés
concernées ne se donnent apparemment pas de commandement unifié
ni de contrôle global du territoire disponible. Les pouvoirs des dieux et
ceux des " rois " n'y sont guère coextensifs : dans bien des cas, le
prêtre limite les pouvoirs du roi. Dans la société, les
réseaux d'alliance sont extrêmement fluctuants. Par ailleurs, la
forme des êtres est instable (récits de métamorphoses) et
le temps est manipulable, tandis que les séjours des dieux et des hommes
ne sont pas nettement séparés. Dans cet univers social et
idéologique labile, on se méfie du visible et des arts
figuratifs, de même qu'on s'intéresse peu à un ancrage
précis dans le temps et qu'on montre du dédain pour
l'écriture. En dépit d'une certaine
homogénéité culturelle, l'intégration politique
globale ne se développe que sous l'effet d'interactions avec les
cultures de la Méditerranée orientale et centrale.
b)
En Asie occidentale,
après l'installation des premiers villages de chasseurs
sédentaires dans le Levant dès 12.500 sinon plus tôt, les
plantes cultivées apparaissent vers 10.000 avant notre ère,
tandis que l'élevage se développe dès 8.500. Ce passage
à la vie néolithique s'accompagne, à partir de 9.000, de
la construction d'habitations rectangulaires (Jerf el-Ahmar, Syrie)
bientôt intégrées dans un espace quadrillé. De
10.000 à 7.000, on observe dans ces régions le
développement concurrent de cultes d'ancêtres et de
" divinités " féminines. Ensuite, les cultes d'ancêtres
sont abandonnés et les divinités restent maîtresses du
terrain. Ce type de civilisation se maintient au Levant (Néolithique
à poterie, Chalcolithique) et en Mésopotamie (Samarra, Halaf,
Obeid) sous des formes variables jusque dans les premiers siècles du
4ème millénaire. Apparaissent alors des modifications de
l'habitat (architecture officielle : palais, temples, fortifications) et les
premières véritables concentrations urbaines.
A partir de 3750, la basse
Mésopotamie connaît un accroissement démographique
considérable. Vers la fin du millénaire, les grandes villes ont
des populations de 10.000, 25.000, 50.000 habitants ou plus. Ces regroupements
impliquent de nouveaux modes de gestion de la société
accompagnés par l'amélioration des techniques agricoles (charrue,
irrigation), des techniques de transport (chariot), la fabrication de la
poterie en grandes séries (tour), la création d'alliages à
base de cuivre, etc. S'ensuit le développement de la
prospérité, des arts, de l'architecture et du commerce à
longue distance. Ce processus aboutit à l'apparition d'administrations
centralisées et à l'invention de l'écriture.
Ce monde culturel se
définit par une approche globale et volumétrique de l'espace,
traduite dans le quadrillage (habitat, cimetière, décor
céramique), l'arborescence (corps social), la pyramide à
degrés (politique), la sphère (cosmologie) et une
intégration territoriale hiérarchisée où les
frontières de chaque entité sont bien marquées. Ces
sociétés s'efforcent très tôt de contrôler
l'ensemble du territoire disponible. Le pouvoir des rois représente
celui des dieux et le prêtre est directement subordonné à
l'institution royale. On cherche à établir des
sociétés stables dans un monde idéalement immobile.
Dès la seconde moitié du 3ème millénaire, le monde
visible est conçu comme une tablette inscrite où se lit la
volonté des dieux. Ce caractère objectif de la
réalité se reflète dans le développement des arts
figurés et dans la rédaction d'annales et de chroniques, aussi
bien que dans l'érection de monuments conçus pour défier le
temps. Dans cet espace " euclidien ", homogénéité
culturelle et intégration politique sont intimement liées.
c)
Les synthèses
occidentales, grecque d'abord, romaine, celtique, germanique et slave ensuite,
sortent des interactions multiples des deux mondes précédents
depuis le 5ème millénaire. Echanges économiques, diffusion
du savoir, mouvements de colonisation, conversions religieuses par la
persuasion verbale ou militaire entraînent la transformation progressive,
de l'âge du Bronze au moyen-âge, de toutes les cultures
européennes. Les traces de ces changements sont perceptibles dans
l'organisation de l'espace, comme dans les structures sociales et religieuses,
les arts, la structuration du savoir ou l'inscription de ces
sociétés dans le temps. On débouche ainsi sur la question
plus générale des rapports entre les cultures qui s'expriment
dans des langues indo-européennes et celles du Proche-Orient. Cette
problématique a déjà fait l'objet de plusieurs
communications à des colloques et séminaires en Belgique et
à l'étranger ; elle fera également l'objet d'un ouvrage,
actuellement en préparation par P.-L. van Berg et Marc Vander Linden ;
un colloque lui a été consacré dans le cadre du dernier
Congrès de l'Union Internationale des Sciences Pré- et
Proto-historiques organisé à Liège, en septembre 2001.
Etudes de cas
L'approche esquissée
ci-dessus fait l'objet d'une série d'études de cas, tant
européens, que proche-orientaux, préservant ainsi la dimension
comparatiste de la démarche générale.
a) L'Europe
Premier volet : la séquence Céramique Cordée – Vase
Campaniforme
Le premier dossier,
européen, porte sur la culture à Céramique Cordée
et le courant du Vase Campaniforme qui lui succède (fin du 4ème
et 3ème millénaire). Celui-ci a fait l'objet d'une
thèse de doctorat
élaborée par Marc Vander Linden (aspirant du
F.N.R.S.), sous la direction de P.-L. van Berg, et soutenue le 21
février 2002.
Il s'agissait de
démontrer que la séquence Céramique Cordée / Vase
Campaniforme ne se définit pas, ainsi qu'on l'affirme souvent, comme une
simple période de hiérarchisation sociale : au cours de cette
phase d'homogénéisation culturelle partielle des
différentes régions de l'Europe, une nouvelle organisation
sociale s'accompagne d'un découpage territorial différent de
celui du substrat néolithique. Le marquage de l'identité
communautaire change : on passe, par exemple, de la tombe collective
monumentale à la tombe individuelle et d'un semis de petites
entités territoriales à un ensemble de groupes plus
étendus, dont les interactions s'expriment dans une variabilité
rituelle qui semble parfois délibérée.
Ces nouveaux modes
d'appréhension et de gestion de l'espace et de la société
entraînent visiblement une redistribution des individus au sein du corps
social, sans qu'on puisse identifier de " chefferie " ni d'autre structure
sociale rigide et hiérarchisée.
Le passage à la
sépulture individuelle est souvent interprété en termes
sociaux comme la manifestation d'une individualisation du pouvoir. Or,
l'inhumation individuelle s'accompagne aussi de nouveaux gestes
funéraires : différentiation du mode de déposition et du
mobilier selon le sexe, insistance sur l'aspect guerrier des hommes,
distribution spatiale spécifique des tombes (rangées, tertres
couvrant plusieurs sépultures disposées en cercles
concentriques). Les morts se voient attribuer des identités
stéréotypées évoquant plus un ordre
idéalisé que des réalités factuelles, de sorte que
le monde funéraire n'apparaît pas comme une transcription
littérale de l'organisation sociale. De même que les nouvelles
interactions territoriales, cette homogénéité du mode
d'inhumation est probablement liée au remplacement des cultes
d'ancêtres par celui de divinités, seules à même de
gérer d'aussi grands territoires.
Ces diverses transformations
président à l'élaboration d'une large part des cultures
ultérieures de la Protohistoire européenne, dont on a
brièvement souligné qu'elle résistait à toute
tentative de caractérisation en termes strictement économiques.
Par ailleurs, l'ensemble des traits relevés dérive, en
dernière analyse, de la sylvo-steppe et de la steppe ukrainiennes et
russes, ainsi que de la région du Bas-Danube. Afin de compléter
l'enquête historique, il convient donc de déplacer le champ des
investigations vers l'est, et plus précisément dans l'espace
balkano-carpatique qui se situe à l'interface des divers bassins
écologiques, culturels et économiques envisagés.
Second volet : la fin du Néolithique et les débuts de l'Age du
Bronze dans l'espace balkano-carpatique
L'espace balkano-carpatique
présente tout le long du Néolithique une relative
homogénéité culturelle et s'inscrit dans le droit fil des
traditions introduites par le Néolithique d'origine proche-orientale.
Cette continuité est d'autant plus intéressante que les Balkans
furent de tout temps une zone de relais actif entre le Proche-Orient et le
reste de l'Europe dans la diffusion de nouvelles technologies, que l'on pense
au charronnage (4ème millénaire) ou aux métallurgies du
cuivre (5ème millénaire) et du bronze (4ème et 3ème
millénaire). Un premier examen de la documentation laisse pressentir que
les contacts ne purent être strictement économiques et durent
impliquer des relations à d'autres niveaux, par exemple
idéologiques ou linguistiques.
Face à cet espace
imposant, l'étude sera particulièrement ciblée sur le
complexe Cucuteni-Tripolye (4500-3500 avant notre ère) qui se
développe sur le plateau moldavo-ukrainien, à la lisière
des zones de la steppe et de la sylvo-steppe. Ce choix se justifie pour deux
raisons essentielles. D'une part, ce complexe culturel se situe directement
à l'articulation de deux zones écologiques contrastées et
incorpore dès ses phases les plus anciennes des éléments
originaires de ces deux régions. D'autre part, cette culture
présente une série de traits que l'on tient
généralement pour constitutifs d'une société
complexe (production de surplus, larges implantations villageoises,
spécialisation artisanale poussée).
Or, cette culture florissante
s'effondre partiellement dans le courant du 4ème millénaire,
vraisemblablement sous l'impulsion de populations nomades issues des steppes
voisines. Si l'origine orientale de ces nouveaux apports paraît
assurée, les changements culturels et sociaux qui caractérisent
la période restent peu compris. En effet, le modèle historique
actuellement favorisé est celui d'une invasion guerrière,
à l'image des migrations du premier millénaire de notre
ère. Pourtant, cette hypothèse ne repose sur aucun
élément factuel etn'explique rien de la nature des
transformations relevées : chute du bloc Cucuteni-Tripolye,
modalités de reconstruction de sociétés
ultérieures, implications pour la suite du développement
historique dans la région et dans le reste de l'Europe.
Afin d'étudier ces
questions complexes, le Centre de Recherche " Espaces et
Sociétés " envisage une étude archéologique
organisée en trois phases.
La première, strictement
documentaire, aura pour objectif de synthétiser les informations
relatives à la phase finale de la culture de Cucuteni-Tripolye. Ce
travail est particulièrement important dans la mesure où,
à ce jour, les données présentent un caractère fort
dispersé, du fait des conditions historiques difficiles connues par
l'archéologie roumaine des 50 dernières années.
La seconde phase s'attachera
à des analyses ponctuelles de matériel archéologique. Il
s'agit en fait d'appliquer une série de méthodologies
spécifiques développées par des chercheurs de notre
Faculté, en particulier dans le domaine de la technologie
céramique, qui s'avère un marqueur particulièrement
efficace dans l'identification de réseaux d'interaction et de
circulation des individus.
La troisième phase
consistera, dans un avenir proche, à réaliser en collaboration
avec des archéologues roumains la fouille d'un établissement de
la culture de Cucuteni-Tripolye. Ce travail de terrain permettra la poursuite
des analyses précédentes, ainsi que l'élaboration
d'hypothèses historiques supplémentaires.
b) La Mésopotamie du Nord au Chalcolithique et à l'âge du
Bronze
Le dossier concerne le Nord de
la Mésopotamie de la fin du 5ème à la fin du 1er
millénaire avant notre ère, et plus précisément les
cultures d'Obeid récent, de Tepe Gawra, d'Uruk et du Dynastique
archaïque. La période considérée est donc en partie
contemporaine des installations de Tell Beydar étudiées depuis
une dizaine d'années par une équipe de l'U.L.B. Ce volet de la
recherche comporte un travail de terrain entamé en 1998 par P.-L. van
Berg sur les sites archéologiques et rupestres de
Khishâm (Hassake, Syrie)
.
Khishâm et le volet Mésopotamie
Nous y avons fait allusion plus
haut, les explications classiques de l'émergence des
sociétés complexes, portant sur l'apparition de surplus,
l'appropriation par quelques-uns des moyens de production et la formation
d'élites, commandent nécessairement une archéologie
centrée sur la fraction dominante de la société. Or, il
existe d'autres fractions de la population, différemment
impliquées dans le fonctionnement des états : sédentaires
périphériques ou nomades (éleveurs - chasseurs -
commerçants). L'existence de ces groupes pose des problèmes
d'intégration et de gestion de leurs contacts avec le monde urbain,
ainsi que l'atteste plus tard la documentation épigraphique. Ces groupes
sont peu étudiés, alors même qu'aucune pièce du
système social ne peut se comprendre indépendamment des autres.
L'archéologie proche-orientale traditionnelle, centrée
principalement sur la fouille des tells, n'offre donc qu'une vision partielle
des sociétés de la fin du Chalcolithique et de l'âge du
Bronze.
Les données recueillies
depuis 1998 indiquent que les sites archéologiques et d'art rupestre de
Khishâm (Hassake, Syrie) documentent précisément ces autres
fractions de la population.
Ainsi, aux 4ème et
3ème millénaires, l'art de Khishâm se situe-t-il au point
de rencontre de deux grands courants iconographiques : l'un se déploie
de l'Anatolie orientale au Sinaï et correspond probablement aux circulations et
aux interactions de pasteurs-chasseurs nomades, l'autre témoigne de la
reprise dans le domaine rupestre de l'iconographie mésopotamienne
urbaine telle qu'elle est illustrée par les sceaux-cylindres et donc
d'interactions avec le peuplement urbanisé des tells.
A l'occasion de la campagne
2001, d'autres sites grands sites archéologiques et d'art rupestre ont
été découverts aux environs, suggérant que ceux de
Khishâm font partie d'un ensemble qui s'étend bien au delà
de la seule Djezireh syrienne. En effet, la présence de structures
archéologiques et de gravures rupestres du même genre que celles
de Khishâm de l'Anatolie orientale au Néguev et au Sinaï
paraît soutenir l'idée que celles-ci documentent effectivement
partout la fraction non urbaine de la population.
L'étude du complexe
archéologique de Khishâm enrichira également la lecture des
sociétés proche-orientales présentée ci-dessus. Si
les grands bâtiments rectangulaires s'inscrivent effectivement dans ce
modèle, les multiples agglomérations de cercles de pierre doivent
répondre à d'autres impératifs.
La recherche, combinant la
fouille et l'étude de l'art rupestre, s'efforcera d'élucider les
relations chronologiques et fonctionnelles des différentes structures
ainsi que les relations que celles-ci entretiennent avec les gravures. Dans les
deux cas — art et structures archéologiques —, la question concerne
l'intégration et les sources de la complexité.
Le créneau scientifique
Les transformations qui, au
cours de la Préhistoire récente, affectent l'Europe et le
Proche-Orient sont en partie contemporaines, mais enracinées dans des
terreaux différents. L'approche des sociétés et des
idéologies, guidée par l'organisation spatiale, permet de les
aborder sous un point de vue commun et donc de mener la comparaison de
structure à structure plutôt de s'en tenir au seul constat d'une
incompatibilité de fait.
L'étude des mutations
culturelles profondes qui affectent la culture de Cucuteni-Tripolye devrait
éclairer d'un jour nouveau les interactions en jeu entre l'Europe et les
steppes, processus déjà reconnus par l'étude de la
séquence Céramique Cordée / Vase Campaniforme. De plus,
quelques éléments suggèrent qu'on pourrait être
confronté à la première incorporation
d'éléments indo-européens dans l'espace européen.
De ce point de vue, les mécanismes mis en évidence par l'analyse
présenteront certainement un intérêt au delà de la
seule discipline archéologique.
Du côté de l'Asie
antérieure, les cultures d'Obeid du Nord récent et de Tepe Gawra
sont encore mal connues. De plus, nous n'avons guère, pour les
régions concernées, d'étude systématique des sites
de plaine, ni de l'articulation nomades / sédentaires. Enfin,
Khishâm est un complexe archéologique exceptionnel, dans la mesure
où les données y sont suffisamment importantes pour permettre une
lecture anthropologique et sociale.
Accueil : Espaces et Sociétés
|