Centre de recherche interfacultaire

"Espaces et Sociétés - Approches comparatives"

Université Libre de Bruxelles

Projet " Organisation de l'espace et émergence des sociétés complexes :
archéologie, anthropologie et linguistique "

Présentation du projet

Volet européen

Résumé de la thèse de doctorat de M. Marc Vander Linden (Fonds national de la Recherche scientifique (Communauté française de Belgique)

C.V. de Marc Vander Linden

Référence :

VANDER LINDEN Marc, 2001.
Archéologie, complexité sociale et histoire des idées: l'espace campaniforme dans l'Europe du troisième millénaire avant notre ère .
Bruxelles : Université Libre de Bruxelles (Faculté de Philosophie et Lettres), 2  vols, 398 p., 1 annexe, 295 pls.

Résumé

        La variabilité matérielle du Phénomène Campaniforme, qui couvre la majeure partie de l'Europe durant la seconde moitié du 3 ème millénaire avant notre ère, a toujours constitué une pierre d'achoppement de la recherche. Pourtant, ce problème n'a jamais été véritablement traité, et nombre de chercheurs ont préféré développer de lourds attirails méthodologiques pour le contourner.

        Les modèles polythétiques initialement développés par l'archéologue britannique David Clarke permettent néanmoins d'aborder quelque peu cette variabilité. En effet, en confrontant différents types de données sans a priori quant à leur valeur respective, on se donne la possibilité d'explorer la complexité du Campaniforme en reconnaissant le caractère flou des assemblages, plutôt qu'en cherchant à les définir artificiellement à l'aide de catégories abstraites.

        Dans le cadre de ma recherche doctorale, j'ai appliqué ces principes à l'ensemble du Phénomène Campaniforme. Ainsi, j'ai explicitement adopté un point de vue comparatiste afin de déterminer la présence — ou l'absence — d'une quelconque cohérence au sein de cette large aire géographique. Différents types d'artefacts et de pratiques ont été ainsi choisis en fonction des données disponibles dans la littérature (céramique, pratiques funéraires, architecture, réseaux d'échange, métallurgie,…).

        Cette recherche a été couplée avec une étude des relations qui unissent le Campaniforme à ses divers substrats du Néolithique final. La démarche a permis de reconnaître quatre grandes catégories d'interactions. Par delà les modalités exactes du changement historique, cette première partie de l'analyse montre que les modalités de l'appropriation du Phénomène Campaniforme par les populations locales expliquent dans une large mesure la variabilité rencontrée. Par ailleurs, il apparaît que ces processus complexes ne peuvent être identifiés à une simple phase de « complexification » sociale, comme on le considère trop souvent.

        En effet, l'analyse comparative montre que plusieurs réseaux d'interaction — pratiques funéraires, architecture, morphologie et décoration céramiques — peuvent être identifiés et que ceux-ci ne se distribuent pas de façon aléatoire. Au contraire, leur corrélation permet la reconnaissance de cinq régions principales au sein du Phénomène Campaniforme. De ce point de vue, le Campaniforme apparaît comme un ensemble de mécanismes d'interaction d'une qualité inédite, et qui autorisent la constitution de larges unités sociales.

        Par ailleurs, l'intégration du Phénomène Campaniforme au monde indo-européen a toujours été supposée sur des bases intuitives, mais n'a jamais fait l'objet d'une véritable démonstration. Or, la convergence des données archéologiques et culturelles fournit de nouveaux arguments à l'appui de cette thèse : les comparaisons portent sur l'organisation de l'espace (importance de la figure du cercle, réelle ou métaphorique), de la société des vivants et des morts (centralité de la notion de guerrier), ou encore de la cosmologie.

        Ces recherches ne permettent pas pour autant de conclure définitivement quant à l'identité linguistique des communautés engagées dans le réseau campaniforme. On doit, pour le moment, se contenter de souligner qu'on est confronté à un type de fonctionnement culturel qui, à l'époque historique, caractérisera, dans des versions différentes, l'ensemble des populations s'exprimant dans des langues indo-européennes.

        En conclusion, l'emploi de modèles polythétiques apparaît comme un outil particulièrement efficace pour démêler des situations archéologiques aussi complexes que celle du Campaniforme. De plus, la distribution spatiale des assemblages est culturellement significative et nous renseigne directement sur certains traits généraux de l'organisation sociale des communautés. Ainsi, le Campaniforme illustre-t-il l'arrivée et l'assimilation d'ordres de discours largement étrangers à l'Europe néolithique précédente. De ce point de vue, ce phénomène ne saurait être réduit à une phase de hiérarchisation sociale, mais marque plutôt une nouvelle façon d'envisager les relations entre individus et communautés, débouchant sur la constitution d'unités sociales élargies. A ce titre, le Campaniforme jette les fondations d'une large partie de l'âge du Bronze ultérieur et de l'espace européen, qu'il soit déjà indo-européen ou non.

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Posté le 21 février 2004.