Khishâm-2 : le Quartier IV

Khishâm-2 :le Quartier IV.

Archéologie et art rupestre en
Djezireh syrienne

Mission de Khishâm - Campagne 2001

par

Paul-Louis van Berg et Vincianne Picalause

Introduction Culture matérielle Prospections
Historique Art rupestre Conclusion
Archéologie Interprétations Bibliographie

 

Archéologie

Khishâm-1

        A la jonction de la pente et de la plaine, le Secteur Sud comporte des vestiges de murets rectilignes délimitant probablement d'anciens champs cultivés d'époque byzantine ou islamique ancienne (T. Wilkinson). A la lisière du plateau on observe les soubassements en pierres d'une maison rectangulaire d'âge indéterminé munie de deux pièces, ainsi que les restes d'autres structures d'habitat.

Khishâm-1-Nord: cercles de pierres

Khishâm-1-Nord: cercles de pierres.

        Dans le Secteur Nord, au-dessous de la zone occupée par les gravures rupestres, plusieurs enclos circulaires en pierres sèches ont été construits dans le bas de la pente, entre l'escarpement basaltique et le wadi . Un groupe principal rassemble (de gauche à droite et de haut en bas) les 4 cercles A, B, C et D. Les deux cercles supérieurs (A et B) sont adjacents, les deux cercles inférieurs sont séparés par une distance d'environ 10 m. Les cercles A et B ont un diamètre de 17, 50 m, C et D de 15 m. La largeur des murets qui les constituent varie de 1 m à 1, 40 m. Les cercles A et B présentent une interruption tournée vers le bas de la pente. Le cercle C est muni d'une ouverture tournée vers l'est, aménagée par un petit muret rectiligne. Le cercle D ne présente aucune interruption. Les deux paires de cercles sont séparées par un long muret de pierres (l : 0,50 m), formant un arc de cercle et muni au sud-est d'un couloir d'accès tangent au cercle D. Plus haut, un système de murets rectilignes est tangent au cercle B.

        En bordure du plateau, on relève la présence de plusieurs espaces dégagés et bordés de pierres qui correspondent également à des structures d'habitat d'âge indéterminé.

Khishâm-2

Habitations et enclos

        Les vestiges de structures d'habitat de dimensions diverses ont été observés dans toute l'extension de la vallée, sur les deux rives du wadi Kakhort. Leur nombre doit approcher la centaine. Il s'agit de constructions rondes ou rectangulaires, probablement entièrement en pierres sèches d'appareil irrégulier. Les bases des murs observées en surface atteignent fréquemment une largeur de 0,9 à 1,10 m.

        Ces bâtiments se répartissent en sept quartiers, séparés soit par de petits affluents du wadi Kakhort, soit par la configuration des pentes rocheuses.

Khishâm-2: le Quartier III, I et IV

Khishâm-2 : les Quartiers III, I et IV.


        Le Quartier I se trouve tout en haut de la colline qui ferme la vallée, le II sur la rive droite de la haute vallée, le III entre deux petits affluents occidentaux du Kakhort, le IV au nord de ce dernier, le V avec des bâtiments et des enclos, sur la rive gauche ; les maisons rondes du Quartier VI occupent la rive droite ; le Quartier VII est constitué de structures rondes et rectangulaires installées dans la partie Est de la rive gauche.

Khishâm-2 : le Quartier V

Khishâm-2 : le Quartier V.

        A proximité du confluent des wadi (Quartier IV), on distingue une grande construction en pierres sèches, dont les murs ont une épaisseur de ± 90 cm. On y distingue ce qui semble être une grande cour avant (17 x 25 m) suivie vers le Nord de 4 ou 5 pièces. Un sondage effectué dans la cour semble indiquer que le bâtiment remonte à l'époque hellénistique (trois derniers siècles avant notre ère).

Khishâm-2 : le Quartier VII

Khishâm-2 : le Quartier VII.

Les 'desert-kites'

        Les desert-kites sont des structures en pierres sèches constituées d'une enceinte munie sur son pourtour externe de cellules circulaires ou semi-circulaires en nombre et position variables ; deux longs murs convergent vers l'entrée. Ces constructions doivent leur nom de " cerf-volant du désert " aux aviateurs britanniques qui ont réalisé les premières photographies aériennes au Proche-Orient dans les années vingt.

Khishâm-2 : Kite-1

Khishâm-2 : le kite-1.

        Le plus souvent érigés sur les pentes qui bordent les plateaux de basalte, les kites peuvent se présenter sous des formes très diverses (cercle, rectangle, polygone convexe, polygone étoilé). Ils sont généralement interprétés comme des piège de chasse facilitant le rassemblement et l'abattage massif de gazelles ou autres ongulés. Les chasseurs armés se seraient cachés dans les logettes pour prendre le gibier par surprise.Néanmoins, d'autres finalités comme celle d'enclos ont pu être mises en évidence (Helms 1981 ; Helms, Betts 1987 ; Legge, Rowley-Conwy 1987 ; Simpson 1994 ; Echallier, Braemer 1995).

Pour Echallier et Braemer, les kites ont pu servir au regroupement et à la maîtrise d'animaux vivant en semi-liberté dans la steppe, et ultérieurement au parcage et au gardiennage des troupeaux domestiques de chèvres et de bœufs. Ces auteurs inscrivent le phénomène des kites dans un processus de domestication et non dans un contexte de chasse. Quoique cette hypothèse soit controversée, on pourrait imaginer une solution mixte, car les kites ont pu avoir des fonctions variées, ne se limitant pas spécialement à une seule sphère d'activité. Les deux fonctions ne s'excluent pas nécessairement. Quoiqu'il en soit, Betts à apporté récemment des arguments ethnographiques forts à l'appui de la fonction cynégétique (Betts, Yagodin 2000). La fonction des cellules périphériques n'a pas été déterminée jusqu'ici  : cabanes de chasseurs, de gardiens ou de bergers, réserves ?

        On trouve des "desert-kites" dans tout le Proche-Orient. Les concentrations les plus denses se situent en Syrie centrale et méridionale, en Jordanie septentrionale, dans le Negev et dans le Sinaï. D'autres ensembles ont été signalés dans le nord de l'Arabie Saoudite, en Syrie dans le bassin du Khabour et plus au Nord en Ouzbékistan. Au total, on estime à 7 ou 800 minimum le nombre de ces monuments.

        Découvert en 1999, le premier desert- kite de Khishâm-2 consiste en un grand polygone convexe d'environ 140 m de diamètre, muni à l'est de deux longs murs convergeants. Sur le pourtour, on aperçoit encore les restes des cellules circulaires effondrées. Une photographie aérienne prise en 2000 au cerf-volant par Tim Cunningham (Université Catholique de Louvain) montre que la forme actuelle de ce kite est la réfection d'un état antérieur : les deux murs d'accès semblent se prolonger à l'intérieur de l'enceinte jusqu'à un autre mur, plus ancien.

        La Campagne 2001 a montré l'existence d'un second monument du même genre, installé en bordure du wadi, et dont seuls trois murs et une cellule circulaire sont encore visibles. Le reste a été détruit par des constructions plus tardives.

Khishâm-2 : Kite-2

Khishâm-2 : le kite-2.

Autres constructions

        Au débouché de la vallée, une petite éminence, de plan ovale, d'environ 50 m x 25 m, pour une hauteur de 1,20 m au-dessus de la plaine, révèle les bases des murs d'une habitation. Le site est perturbé par une dizaine de tombes islamiques, sub-récentes et contemporaines.

Les sondages

        Six sondages d'une surface de 8 m2 et d'une profondeur maximale de 1,5 m ont été réalisés en trois semaines à l'aide d'une équipe de cinq ouvriers.

Sondage 1 (Quartier IV), carré 100.102 c

        Ce sondage est réalisé au centre d'un espace de 25 m x 17 m (probablement une esplanade), entouré de murs en grosses pierres. Le mur ouest est conservé sur une hauteur de plus de 1,5 m, mais le dégagement de la face externe du mur est montre qu'une seule assise de blocs de basalte est conservée de ce côté. Le sol d'occupation devait donc se trouver soit au niveau de cette assise, soit plus haut.

Quatre niveaux ont été déterminés :

        a) couche supérieure humique ;

        b) couche gris clair à granulométrie très fine ;

        c) cailloutis dans une matrice brun rouge granuleuse. A ce niveau, deux objets en fer, de fonction non identifiée mais relativement bien conservés. Une couche de grosses pierres occupe la moitié est du sondage : 2 tessons certainement d'âge hellénistique sont trouvés au-dessus et au-dessous de celle-ci. Sous l'empierrement, les tessons sont plus grands et plus abondants Les tessons se raréfient à mesure qu'on descend ; la construction doit donc être d'âge hellénistique ou plus tardive.

        d) couche blanchâtre qui représente probablement le sol en place.

Sondage 2 (Quartier V), carré 108.100 c

        Pratiqué dans une des grandes structures d'habitat dunbsp;        quartier V, ce sondage ne donne que peu de résultats. Seule la couche humique, d'une épaisseur de 5 à 15 cm, livre quelques dizaines de tessons. Immédiatement au-dessous apparaît une couche de cailloutis à nodules blanchâtres correspondant au sol en place. Le sondage est abandonné à ± 50 cm sous la surface.

Sondage 3 (Quartier III), carré 102.092 a

        Sondage effectué au centre d'une structure d'habitat en pierres constituée de deux cercles concentriques. La couche supérieure, humifère, livre quelques tessons, un bec de lampe à huile et deux éléments de silex (1 nucléus, 1 fragment d'outil sur lame). Sous la couche humifère, un empierrement irrégulier correspond probablement à l'effondrement des murs. Sous celui-ci, à ± 1 m de profondeur, un cailloutis pris dans une matrice blanchâtre correspond au sol en place.

Sondage 4 (Quartier V), carré 108.100 b

        Sondage pratiqué à l'intérieur d'une construction en pierres irrégulières de 13 m x 6 m, orientée est-ouest, 5 m au nord du Sondage 2. Les murs ont une épaisseur de ± 1 m. Trois tombes y sont découvertes. La Tombe 1 (100 cm x 50 cm) est apparue immédiatement sous la surface. Elle est entourée de pierres. Le squelette, en position repliée, gît sur le côté droit, tête à l'ouest, regardant vers le sud-ouest. Le crâne repose sur un bloc de basalte. Les ossements, de même que les dents, étaient en très mauvais état.

Khishâm-2 : Tombe 3

        La Tombe 3 (100 x 50 cm) se trouve immédiatement sous la Tombe 1, déposée sur un banc de grosses pierres plates, probablement naturel, traversant le sondage d'ouest en est. Le squelette gît sur le côté gauche, en position repliée, tête au nord-ouest. Les ossements sont très dégradés et la plus grande partie du crâne manque, peut-être emportée lors du creusement de la Tombe 1. Les os des pieds semblent également manquer. Une perle perforée, en ambre (?), se trouve à proximité des avant-bras. Près du crâne, un os et une astragale de mammifère (offrande de nourriture ?).

        Le reste de la tranchée, entre le banc de pierres et le mur sud de l'habitation livre du matériel céramique.

Khishâm-2 : Sondage 4, Niveau 2

On relève entre autres les fragments d'une grande jarre, un col d'amphore et d'autres éléments plus petits. Du sol proprement dit, nous n'observons que des lambeaux. Sous ce niveau, se trouve un amas de grosses pierres qui ont probablement servi à niveler le terrain à cet endroit. Les tombes sont postérieures à l'occupation, mais en l'absence de mobilier, ne peuvent être datées pour le moment. Le configuration générale du niveau inférieur, donne à penser qu'il s'agit d'une cave.

Sondage 5 (Quartier V), carré 109.100 a

Khishâm-2 : Sondage 5, Tombe 2

        Ce sondage constitue le prolongement du Sondage 4 vers l'est. La Tombe 2 apparaît à une quinzaine de cm sous la surface. De plan ovale (environ 100 cm x 90 cm), celle-ci contient les restes entrelacés de deux individus inhumés face à face, en position repliée, l'individu-sud sur le côté droit, l'individu-nord sur le côté gauche, têtes au sud-est. Les conditions du sondage et la dureté du sol ne permettent pas de relever la position précise de tous les ossements. Les os des pieds ne sont pas retrouvés. Comme la Tombe 3, celle-ci repose sur le banc de pierres qui se prolonge vers l'est. Cette sépulture ne contientt aucun mobilier. La fouille du reste de la tranchée montre l'existence, au sud du banc de pierres, d'un sol de terre gris, partiellement conservé, jonché de nombreux tessons de céramique, dont la moitié d'une coupe et la plus grande partie d'un vase de près de 30 cm de diamètre. En première approximation, ces éléments sont également attribuables à l'époque hellénistique.

Sondage 6, dans l'habitation isolée, à la sortie de la vallée

        Ouvert au centre de la maison dont la base des murs était visible en surface, ce sondage montre l'existence de trois niveaux répartis sur 1,5 m de profondeur. Sous la couche humifère, un niveau contenant un fin cailloutis à nodules blanchâres. A ce niveau, une lentille cendreuse correspondant à un foyer empierré est visible dans le profil sud. Les deux premiers niveaux livrent du matériel céramique, probablement hellénistique et de rares éléments de silex. Le troisième niveau, sous-jacent, de couleur brun clair homogène, ne contient que de rares tessons de poterie et une belle pointe de lance ou de sagaie intacte (110 x 20,7 x 8,7 mm), en silex gris rougeâtre. Elle est aménagée sur une lame de section triangulaire par une retouche marginale bifaciale. L'extrémité proximale est amincie pour faciliter l'emmanchement. La pièce, qui semble être une Pointe de l'Amouq, remonte probablement au Néolithique ou au Chalcolithique (de Contenson 1969). Le sondage est abandonné une trentaine de centimètres plus bas.

 

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Dernière mise à jour: le 30 août 2002.