Art rupestre
Repérer les roches gravées
Toutes les surfaces portant des
gravures anciennes reçoivent un numéro apposé sur la roche
à la peinture blanche. Toutes sont ensuite photographiées en
diapositive et relevées, à l'exception de celles qui ne
présentent qu'une ou plusieurs taches de piquetage informes.
Les surfaces gravées des
deux secteurs de Khishâm-1-Nord (KN) et -Sud (KS) ont été
numérotées séparément de 1 à 61 (KS) et de 1
à 37 (KN.
A Khishâm-2, l'ensemble
des 408 roches gravées localisées sur la rive gauche du wadi
Kakhort est réparti en 8 secteurs (sect. A : 3 roches
gravées, sect. B : 84 roches, sect. C : 45 roches, sect.
D : 59 roches, sect. E : 64 roches, sect. F : 115 roches, sect.
G : 31 roches, sect. H : 7 roches) séparés par des
zones vides (effondrements, wadis). Dans chacun de ceux-ci, les roches ont
été numérotées d'ouest en est selon leur ordre de
découverte.
Supports et patines
Les gravures occupent les
surfaces les plus lisses des blocs de basalte ; elles se
répartissent sur toute la hauteur des éboulis, soit une
dénivellation d'une vingtaine de mètres, pour une longueur de
pente qui varie de 70 à 100 m., mais avec une densité plus
importante dans le tiers supérieur de la pente.
Les faces sud et est des blocs
sont le plus souvent couvertes d'une patine noire uniforme dite
" vernis du désert ", tandis que les faces ouest et
nord sont envahies par les lichens. La plupart des gravures observées
occupent donc les surfaces exposées au sud et à l'est ;
seuls quelques exemplaires font face à l'ouest et aucun au nord.
L'opposition des surfaces lisses et de celles qui sont couvertes de lichens
permet de repérer une partie des blocs tombés ou
déplacés qui ont perdu leur orientation originelle. En effet, la
fragmentation et la desquamation naturelles des blocs de basalte sous l'effet
de la gravité et des variations climatiques contribuent à la
destruction progressive des surfaces gravées. Beaucoup de blocs se sont
fracturés après l'installation des gravures.
Sur quelques blocs, la limite
inférieure de la patine noire montre que, depuis ou pendant
l'installation de celle-ci, le sol environnant a été
érodé ou dégagé sur des hauteurs qui peuvent
atteindre une quarantaine de centimètres. Les zones ainsi mises au jour,
ainsi que nombre de surfaces desquamées, portent les mêmes patines
que les gravures.
Les gravures se
détachent visuellement de la patine noire du basalte par leur aspect
plus clair, brun ou orangé, voire encore gris pour les plus tardives.
Les plus récentes, principalement des noms et des dates en
caractères arabes ainsi que, depuis peu, des curs percés
d'une flèche, apparaissent en gris clair ou en blanc.
Technique et mise en place
Presque toutes les gravures
anciennes sont bouchardées au percuteur de pierre. Aucune trace
révélant une mise en place ou une esquisse antérieure au
bouchardage n'a été observée. Les figures sont
généralement rendues par des surfaces entièrement
piquetées formant des silhouettes dépourvues de détails
internes.
Les gravures à patine
brune ou orangée affectent en général l'aspect de taches
de piquetage successives dont l'auteur n'a pas toujours pris la peine d'assurer
la connexion. Au contraire, les gravures à patine grise montrent des
surfaces plus connexes et mieux remplies. Il paraît probable que cette
différence chromatique et stylistique corresponde à une
différence chronologique (Dussaud 1929).
Les figures excèdent
rarement 20 cm de longueur et le mode de représentation est toujours
schématique.
Sur les surfaces verticales ou obliques, les sujets figurés sont
généralement disposés, conformément à leur
position naturelle : tête vers le haut, pattes ou jambes vers le
bas. C'est surtout sur les surfaces proches de l'horizontale, permettant une
approche de divers côtés, qu'on observe une mise en place
multidirectionnelle. Dans plusieurs cas, une figure ou un groupe de figures
paraît en reproduire un autre appartenant à la même surface,
mais réalisé dans un autre style ou par une autre main.
A diverses reprises, plusieurs surfaces gravées sont visibles
simultanément et semblent entourer un espace
délibérément dégagé.
Si, à Khishâm-1,
les surfaces gravées ne présentent le plus souvent qu'une seule
figure, il n'en va pas de même à Khishâm-2. Cette
troisième concentration est nettement plus riche que les
précédentes, à la fois par la quantité (plusieurs
centaines) et les dimensions des surfaces historiées, par la
variété des sujets représentés, la
complexité des compositions et la diversité des styles.
Sujets figurés
-
Animaux
.
Isolés
, disposés en files, en séries verticales ou en petits groupes,
les
animaux constituent la partie la plus saillante de l'ensemble.
La faune
sauvage domine l'inventaire avec, par ordre décroissant d'importance :
-
les bouquetins, oryx, chèvre sauvage et capridés
indéterminés ;
-
les lions et peut-être le léopard ;
-
les grands canidés;
-
les équidés ;
-
les cervidés ;
-
quelques scorpions.
La faune domestique comprend surtout :
-
des bovinés ;
-
des chiens ;
-
des ânes et des chevaux (?) montés ou non.
Khishâm-2 : roche F26. Deux quadrupèdes : celui du bas
est monté.
Notons que
le genre et l'espèce des mammifères ne sont pas toujours
identifiables. Les quadrupèdes sont toujours représentés
de profil ; leur il est parfois indiqué par une
réserve.On trouve également des animaux fantastiques.
-
Anthropomorphes
. Ces figures se présentent
le plus souvent
debout, de face ou de
profil, jambes écartées.
Les bras sont :
-
levés, dans la position dite de " l'orant " ;
certaines figures ont de très grandes mains ;
-
tendus vers le mufle d'un animal ;
-
impliqués dans le maniement d'une arme de chasse ou de guerre.
La tête d'un certain
nombre d'anthropomorphes constitue un des éléments dont la
lecture peut être malaisée ; elle peut se présenter
sous les formes suivantes :
-
ronde et plus ou moins bien proportionnée à la longueur du
corps ;
-
étirée latéralement, elle occupe le sommet d'un cou
démesurément long ;
-
appointie latéralement, ce qui paraît correspondre à une
schématisation de l'appendice nasal fréquente dans la glyptique
du 3 ème millénaire ;
-
affecte l'aspect d'un mufle de mammifère ou d'une tête d'oiseau
; il semble donc qu'on puisse distinguer des figures pleinement
anthropomorphes et des hybrides ;
-
parfois surmontée d'une coiffure élaborée ou d'un
couvre-chef.
Le vêtement n'est que
rarement figuré, mais les armes bâton, hache, lance,
épée droite ou courbe sont relativement abondantes, de
même que d'autres objets non identifiés.
-
Desert-kites
. La
troisième
grande catégorie de sujets figurés est
constituée par quelque 45 représentations en plan de
desert-kites
, soit près de 10 % du corpus complet. Leur état de conservation
est très inégal : plus d'un tiers sont très
détériorées, ne laissant visible qu'une petite partie de
la représentation originale.
|
Khishâm-2 : le kite double de la roche E55.
|
On distingue 5 modèles, sur base de la forme de
l'enclos :
-
kites à enclos circulaire ;
-
kites à enclos elliptique ;
-
kites à enclos en demi-ellipse ;
-
kites à enclos plus ou moins rectangulaire ;
-
kites à enclos en forme de polygone convexe irrégulier ;
-
kite double ou système de kites.
Les monuments sont
représentés en plan, selon un style schématique,
isolés ou associés à d'autres figures. Pour des raisons de
technique d'exécution ou de clarté de la représentation,
les proportions relatives des différents éléments ne sont
pas respectées. Par exemple, la largeur des murs et la grandeur des
logettes sont exagérées par rapport à la
réalité.
Les représentations
rupestres des
kites
constituent une documentation paléo-ethnographique de premier ordre.
Elles montrent en effet une variabilité des plans aussi grande que celle
des monuments réels.
Cependant, rien dans ces
représentations ne semble laissé au hasard. Le souci de
réalisme est manifeste dans l'utilisation de la roche-support : la
surface rocheuse est conçue par les graveurs comme le relief d'un
paysage. En effet, dans la réalité, les kites sont souvent
disposés de telle façon que le dispositif d'accès s'ouvre
sur une vallée ou une dépression et que l'enclos est de l'autre
côté de la pente, dissimulé par la ligne de crête,
restant jusqu'au dernier moment invisible des animaux rabattus vers
l'intérieur. Cette disposition s'observe également sur les
pétroglyphes si l'on considère le rocher comme un terrain en
relief. Dans plusieurs cas, les lignes représentant les murs suivent les
arêtes des rochers, comme ceux des kites réels longent parfois des
escarpements.
L'entrée se situe de
préférence dans le quadrant supérieur gauche de l'image,
alors que les autres orientations sont beaucoup moins fréquentes.
Plusieurs thèmes peuvent
être illustrés à l'intérieur : animaux,
chasseurs, anthropomorphes et animaux, divinités debout sur un animal.
La mise en place de ces gravures sur les faces rocheuses se fait au centre
d'une face choisie pour sa régularité ou bien exploite les faces
et les arêtes de la roche pour y installer les murs, comme s'il
s'agissait de la maquette d'un paysage naturel. Le même type de mise en
place a été observé par Alison Betts dans le Nord de la
Jordanie (Betts, Hems 1986, Betts 1998).
Thématique
Les figures anthropomorphes et
zoomorphes sont souvent isolées mais peuvent aussi se côtoyer dans
des compositions, avec ou sans indices d'interaction entre les figures. Dans ce
dernier cas, les relations homme - animal semblent avoir été un
des principaux centres d'intérêt des graveurs.
-
Vie pastorale.
Quelques scènes font référence à la vie
pastorale :
Khishâm-2 : roche D28a.
Un personnage ithyphallique
à tête étrange tient d'une main un bâton ou une
houlette et, de l'autre, maintient un taureau " à
bosse " au moyen d'un anneau passant par les naseaux de l'animal.
|
Khishâm-2 : roche C38a. Deux personnages retiennent chacun un
bovin ; celui du bas porte une jupe.
|
|
Khishâm-2 : roche C22. Une vache et son veau ?
|
|
-
Chasse
.
Le thème de la chasse se décline selon plusieurs formules :
-
|
Khishâm-2 : roche D16. Chasse au lion ; le personnage
brandit une arme courbe. D'autres scènes, plus nombreuses, illustrent la
chasse à la lance. En Assyrie,
la chasse au lion est la chasse royale par excellence et, à la fin du 2
ème millénaire, Teglath-Phalazar I er se vante d'avoir tué
des lions dans la région du Khabour.
|
-
à un grand canidé ;
-
au bovidé, en particulier à l'ibex.
Khishâm-2 : roche F43a. Un chien court vers les deux premiers d'une file
de trois petits
quadrupèdes à cornes, tandis qu'à droite, un homme
paraît brandir une arme vers ces animaux ; le chien semble rabattre
le gibier vers le chasseur.
-
Divinités et scènes cultuelles
:
-
quelques personnages non armés touchent des animaux au niveau de la
tête, de la queue ou d'une patte ;
-
un personnage se tient debout sur un quadrupède qu'il maintient par une
lanière attachée aux naseaux ; ce type est conforme à
des représentations de divinités connues par la glyptique et par
d'autres séries de matériaux pendant plus de trois
millénaires ;
-
scène de
banquet
;
Khishâm-2 : roche F81a. Un personnage assis sur un tabouret
touche le
muffle d'un ibex ou tend un objet vers celui-ci.
-
un personnage porte un animal ;dans la glyptique et sur les reliefs, ce
personnage n'est jamais isolé mais participe toujours à une
scène d'offrande à une divinité ;
Khishâm-2 : roche F60. Un personnage à tête zoomorphe (?)
porte dans ses bras un petit quadrupède à cornes.
-
personnage de face maintenant deux lions ou deux bovins de
profil et symétriques, dans la posture dite du " maître
des animaux ". Les représentations de ce type sont connues en
Mésopotamie et en Egypte (couteau de Djebel el-Arak, Tombe de
Hiérakonpolis) dès le 4ème millénaire.
-
Echelle
Parmi les thèmes remarquables, on mentionnera encore une scène
énigmatique et complexe autour d'une échelle.
Khishâm-2 : roche B74 ; scène autour d'une
échelle.
Khishâm-2 : roche B74; relevé de la scène
précédente.
Cette scène fut sans
doute composée en plusieurs fois car les figures sont
réalisées dans des styles différents. A gauche de
l'échelle, de nombreuses figures non identifiées et à
l'extrême gauche, un personnage brandissant un objet face à un
chien représenté verticalement. En haut et à gauche, un
personnage aux bras levés se tient à côté d'un
quadrupède indéterminé. En bas à droite, un autre
personnage s'apprête à frapper un quadrupède à
l'aide d'une arme (hache ?).
|