Archéologie et art rupestre en
Djezireh syrienne

Mission de Khishâm - Campagne 2001

par

Paul-Louis van Berg et Vincianne Picalause

Introduction Culture matérielle Prospections
Historique Art rupestre Conclusion
Archéologie Interprétations Bibliographie

 

Conclusion

        Il paraît probable que les desert-kites soient les monuments les plus anciens construits sur le site de Khishâm-2 et qu'une partie des gravures rupestres — au moins les représentations de tels monuments — en soient contemporaines. On imagine mal en effet que des enclos de chasse propres aux milieux steppiques aient été installés en des lieux habités.

        Quelle que soit l'époque de leur construction, l'existence de bâtiments " en dur " suggère au moins une occupation saisonnière, sinon permanente ; ces structures d'habitat doivent être postérieures à l'utilisation des kites. Nous sommes donc tentés de postuler une première phase de fréquentation nomade de la vallée du Kakhort, suivie par une phase d'occupation sédentaire, probablement au 1er millénaire avant notre ère.

        En l'état actuel des connaissances, on ne saurait dire si les kites fonctionnaient encore au moment où furent appliquées sur les roches les gravures attribuées à l'EJ IIIB. En tout cas, ces dernières reflètent des influences de la basse Mésopotamie, particulièrement sensibles dans la glyptique de cette époque, et illustrent par conséquent des contacts avec les milieux " urbanisés " des tells qui bordent le wadi Aweidj.

        L'appartenance de gravures aux 2ème et 1er millénaires n'est pas encore suffisamment affirmée que pour en tirer des conclusions. Nous ignorons également si certaines constructions en pierre peuvent être antérieures à l'époque hellénistique. L'attribution de quelques gravures à l'époque parthe doit également être considérée comme une hypothèse de travail.

        Depuis le 7ème millénaire, les sociétés proche-orientales sont réparties en agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades. Ce dernier mode de vie est actuellement le moins étudié ; on le connaît cependant par les sources historiques dès le début du 2ème millénaire avec, par exemple, les Lettres de Mari . Ces documents montrent que sédentaires et nomades sont en interactions constantes. En outre, dans tout le Proche-Orient, de nombreux sites rupestres situés en zone aride et en altitude sont vraisemblablement l'œuvre de populations nomades ou à tout le moins transhumantes. Sous ce point de vue, la signification des sites de Khishâm demande à être investiguée. En effet, si la nature et la position chronologique des cercles de pierre et des constructions rectangulaires doivent encore être précisées, le kite et la conjonction des sujets représentés suggèrent que Khishâm fut un site de chasse. Mais par qui fut-il occupé ?

        La présence de gravures du même genre dans une région qui s'étire sur plusieurs milliers de kilomètres à travers l'ensemble du Proche-Orient constitue un autre argument en faveur de leur attribution à des nomades. En effet, la relative homogénéité stylistique observée pour cette période, du Sinaï au Caucase, voire plus loin en Asie centrale, s'explique peut-être plus facilement comme l'œuvre de populations marginales par rapport aux grandes cultures sédentaires de l'époque. De plus, l'existence, en Anatolie orientale et dans la vallée du Jourdain, d'un mégalithisme daté de l'âge du Bronze ancien pourrait également renvoyer à un tel courant culturel.

        A peine entamée, l'exploration du plateau basaltique révèle l'existence d'une immense réserve d'imagerie couvrant une période qui s'étend sur quatre millénaires et complète largement l'iconographie traditionnelle de la haute Mésopotamie urbaine connue par les cachets, les sceaux-cylindres, les reliefs les peintures murales et les figurines. Les sites d'art rupestre découverts jusqu'à présent ne sont vraisemblablement que les premiers d'une longue série.

        Quant aux sites d'habitat en dur, localisés sur les pentes, quelle qu'en soit la datation, ils ouvrent également un nouveau chapitre de l'archéologie dans cette région où les tells ont retenu jusqu'ici toute l'attention.

        Enfin, le potentiel archéologique représenté par les cercles de pierre et les constructions rectangulaires paraît important et de nature à fournir de nouvelles informations sur la diversité des modes de vie dans la Syrie d'autrefois.

 

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