Conclusion
Il paraît probable que
les desert-kites soient les monuments les plus anciens construits sur le site
de Khishâm-2 et qu'une partie des gravures rupestres au moins les
représentations de tels monuments en soient contemporaines. On
imagine mal en effet que des enclos de chasse propres aux milieux steppiques
aient été installés en des lieux habités.
Quelle que soit l'époque
de leur construction, l'existence de bâtiments " en
dur " suggère au moins une occupation saisonnière,
sinon permanente ; ces structures d'habitat doivent être
postérieures à l'utilisation des kites. Nous sommes donc
tentés de postuler une première phase de fréquentation
nomade de la vallée du Kakhort, suivie par une phase d'occupation
sédentaire, probablement au 1er millénaire avant notre ère.
En l'état actuel des
connaissances, on ne saurait dire si les kites fonctionnaient encore au moment
où furent appliquées sur les roches les gravures
attribuées à l'EJ IIIB. En tout cas, ces dernières
reflètent des influences de la basse Mésopotamie,
particulièrement sensibles dans la glyptique de cette époque, et
illustrent par conséquent des contacts avec les milieux
" urbanisés " des tells qui bordent le wadi Aweidj.
L'appartenance de gravures aux
2ème et 1er millénaires n'est pas encore suffisamment
affirmée que pour en tirer des conclusions. Nous ignorons
également si certaines constructions en pierre peuvent être
antérieures à l'époque hellénistique. L'attribution
de quelques gravures à l'époque parthe doit également
être considérée comme une hypothèse de travail.
Depuis le 7ème
millénaire, les sociétés proche-orientales sont
réparties en agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades. Ce
dernier mode de vie est actuellement le moins étudié ; on le
connaît cependant par les sources historiques dès le début
du 2ème millénaire avec, par exemple, les
Lettres de Mari
. Ces documents montrent que sédentaires et nomades sont en interactions
constantes. En outre, dans tout le Proche-Orient, de nombreux sites rupestres
situés en zone aride et en altitude sont vraisemblablement l'uvre
de populations nomades ou à tout le moins transhumantes. Sous ce point
de vue, la signification des sites de Khishâm demande à être
investiguée. En effet, si la nature et la position chronologique des
cercles de pierre et des constructions rectangulaires doivent encore être
précisées, le
kite
et la conjonction des sujets représentés suggèrent que
Khishâm fut un site de chasse. Mais par qui fut-il occupé ?
La présence de gravures
du même genre dans une région qui s'étire sur plusieurs
milliers de kilomètres à travers l'ensemble du Proche-Orient
constitue un autre argument en faveur de leur attribution à des nomades.
En effet, la relative homogénéité stylistique
observée pour cette période, du Sinaï au Caucase, voire plus
loin en Asie centrale, s'explique peut-être plus facilement comme
l'uvre de populations marginales par rapport aux grandes cultures
sédentaires de l'époque. De plus, l'existence, en Anatolie
orientale et dans la vallée du Jourdain, d'un mégalithisme
daté de l'âge du Bronze ancien pourrait également renvoyer
à un tel courant culturel.
A peine entamée,
l'exploration du plateau basaltique révèle l'existence d'une
immense réserve d'imagerie couvrant une période qui
s'étend sur quatre millénaires et complète largement
l'iconographie traditionnelle de la haute Mésopotamie urbaine connue par
les cachets, les sceaux-cylindres, les reliefs les peintures murales et les
figurines. Les sites d'art rupestre découverts jusqu'à
présent ne sont vraisemblablement que les premiers d'une longue
série.
Quant aux sites d'habitat en
dur, localisés sur les pentes, quelle qu'en soit la datation, ils
ouvrent également un nouveau chapitre de l'archéologie dans cette
région où les tells ont retenu jusqu'ici toute l'attention.
Enfin, le potentiel
archéologique représenté par les cercles de pierre et les
constructions rectangulaires paraît important et de nature à
fournir de nouvelles informations sur la diversité des modes de vie dans
la Syrie d'autrefois.
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